‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 131 sur 232 · LIVRE II , CHA.PITRE XllI · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHA.PITRE XllI

que votre cœur aurait beau se séparer du mien, les nœuds que nous avons formés sont indissolubles; il ne vous est plus permis d'en contracter d'autres. Malheur à vous si vous vous exposiez à l'etfet des terribles malédictions prononcées cette nuit contre le parjure ' et malheur surtout à la femme à qui vous oseriez donner ma place dans vos affections ! »

Des traits de feu sortaient des prunelles de la Mauresse;'la colère rapprochait l'un de l'autre ses beaux sourcils; elle s'enveloppait dans son manteau avec l'attitude dédaigneuse d'une reine offensée; tous les sentiments doux et tendres avaient disparu de sa physionomie, et sa main étendue vers moi faisait un geste pareil à celui que le peintre Guérin a prêté à sa Clytemnestre au moment où elle va poignarder son époux.

Je me levai sans répondre ; ce menaçant langage m'avait rendu le libre usage de ma raison; je pris mon chapeau et m'élançai vers la porte , mais la femme reparut aussitôt chez Dagana , qui retomba sur un siège en cachant son visage dans ses deux mains.

a5o ALPHONSE DORIA.

« Que je suis malheureuse! disait-elle , d'une voix étouffée ; telle est donc la récompense de tant d'amour! est-ce ainsi que s'écoulent ces heures tant désirées qui devaient réaliser toutes les visions de mon cœur? Je renoncerai à tout ce qui te déplaît si tu veux me rendre ta tendresse ; faut-il m'abaisser jusqu'à la prière ? demeure, par pitié, ou j'expire à tes pieds! »

Je demeurai quelques moments auprès d'elle; mais l'image des puissances invisibles se plaçait entre nous deux ; et pour la première fois sans doute, la vertu d'un mortel fut sauvée par l'enfer.

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