‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 132 sur 232 · LIVRE II, CHA.P1TRE XIV. a5l · texte numérisé non relu

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m'apprit que des agents de police étaient en ce moment dans la maison de son père , pour s'assurer, avaient-ils dit, si je n'étais pas caché dans cette maison où ils savaient que je venais quelquefois.

Ils étaient munis d'un ordre d'arrestation lancé contre moi par le préfet de police, et le motif de ces poursuites, d'après ce que Dagana avait pu comprendre, était la publication d'un ouvrage dont j'étais l'auteur, et dans lequel j'auraisattaqiié les actes du gouvernement. Un trait de lumière m'éclaira soudain ; j'avais peint les désastres de Charles XII en Russie, dans le fragment poétique que je venais de mettre en vente. L'empereur était à la veille de faire une campagne dans le même pays : on m'avait supposé l'intention de le personnifier dans le conquérant suédois, et de prophétiser la défaite de nos armées. La police avait saisi une allusion à laquelle je n'avais pas pensé; et c'était elle qui, à vrai dire, commettait contre l'empereur l'offense dont elle m'accusait.

Dagana me proposa de rester caché dans son

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pavillon, tant que dureraient les poursuites exercées contre moi. Son père , me dit-elle , ne venait pas une fois par an visiter cette partie solitaire de son habitation ; j'y serais tout à fait en sûreté ; elle y prendrait grand soin de son cher prisonnier ; nous donnerions ainsi à mon père le tems de faire parvenir au ministère de la police , les explications nécessaires pour me justifier aux yeux du gouvernement. Dagana ajouta qu'elle voyait dans mes malheurs une félicité pour elle, puisque je passerais sous sa garde les heures de ma captivité ! « Prison pour prison, autant vaut mon pavillon que le château de Vincennes. » Un charmant sourire accompagna ces dernières paroles: puis, elle plaça devant moi une table avec tout ce qu'il fallait pour écrire, en m'invitant à prévenir mon père de ce qui m'arrivait, à le rassurer sur mon sort actuel, à lui faire connaître que j'avais trouvé un abri sûr, et à le prier d'employer toute sa sollicitude auprès des autorités compétentes, afin de mettre en lumière mon innocence , et de désarmer la sévérité déployée

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contre un pauvre jeune homme de vingt ans.

Je suivis les conseils de Dagana qui, en cette occasion, m'élonnait par la sûreté de son jugegement et la promptitude de son esprit. Quand j'eus terminé ma lettre, Dagana se chargea de la faire parvenir à mon père; elle sortit, et je demeurai livré à mes réflexions; mais mon cœur était encore si troublé, les impressions que j'avais reçues dans la mémorable soirée de nos fiançailles infernales étaient si vives, si neuves, si multipliées, que j'avais, pour ainsi dire, trop de motifs de me replier sur moimême pour être en état de le faire librement. Je préférai renoncer pour le moment aux fonctions d'un être intelligent; le charme de la paresse me fit sentir son pouvoir accoutumé ; je détournai donc les yeux des écueils dont le rivage était semé, et m'enveloppant dans une molle insousiance, je me laissai entraîner , au fil de l'eau, par ma barque privée de toute direction.

Il y avait, près de la chambre occupée par Dagana dans la cabane suisse, un boudoir ar-

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rangé dans un goût exquis: c'était là qu'elle se retirait , pour se livrer à ses lectures favorites , pour se reposer à l'abri de la chaleur, pour revêtir les costumes assortis à sa fantaisie de chaque jour, et sans doute aussi, pour nourrir ces coupal)les idées qui se rapportaient aux noirs mystères de la magie.

C'est dans ce cabinet solitaire que Dagana m'assigna ma prison. Elle ne voulut même pas mettre dans sa confidence la jeune négresse qui lui servait de femme de chambre, et qui avait été l'intermédiaire de notre correspondance : elle craignit de compromettre ma sûreté. D'ailleurs , elle trouvait, disait-elle , un charme infini à posséder seule le secret de mon refuge, et à pourvoir seule à tout ce qui m'était nécessaire.

Ce qu'il y avait de singulier, c'est que la fille de M. Desprez se croyait dans la situation la plus régulière du monde. Sa foi dans le sacrement de l'enfer , si je peux m'exprimer ainsi, était si complète et si naïve, qu'elle ne paraissait pas livrée au moindre doute sur la légi-

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