LIVRE III, CHAPITRE I. ayS
cim de nous deux devant le préfet de police, et qu'il serait toujours facile de nous retrouver, attendu que nous n'avions pas de motif pour nous cacher; il m'opposa les règles inflexibles de l'administration ; et je me déterminai à l'accompagner à la préfecture, à mes risques et périls, en me confiant à mon bon génie , ou plutôt à mon adresse et à ma présence d'esprit.
Nous remontâmes du souterrain ; je demandai à ces messieurs la permission de donner quelques explications à mademoiselle Desprez ; ils y consentirent et se promenèrent en m^attendant dans l'une des allées du jardin. J'allai raconter en peu de mots à Dagana, qui était plus morte que vive, tout ce qui s'était passé ; elle me remercia d'abord de la manière la plus vive et la plus tendre de l'habileté avec laquelle je l'avais tirée de ce mauvais pas, et elle rit de bon cœur de la sottise des officiers de police; mais lorsqu'elle apprit que j'étais forcé de les accompagner devant le premier magistrat, je vis tout son amour pour moi se déclarer dans les alarmes
qu'elle fit paraître pour ma sûreté.
« Tu seras arrêté, me dit-elle, je n'accepte pas ton sacrifice , j'irai moi-même ; » et elle ordonna à Felima, d'un air résolu, de lui apporter son chapeau et son schail. Ce ne fut qu'avec les plus grandes difficultés que je parvins à la faire changer de détermination ; je lui représentai les conséquences que pourrait avoir pour notre liaison cette démarche qui ne manquerait pas d'arriver à la connaissance de son père; j'insistai sur le tort que la publicité donnée à sa comparution devant le préfet de police ferait à sa réputation, et je calmai une pai tie des craintes qui l'agitaient à mon égard , en l'assurant que j'allais donner un faux nom et une fausse adresse au magistrat qui m'interrogerait, et que personne ne connaissant mon visage à la préfecture de police, on ne pourrait découvrir, dans le court espace de temps que j'avais à y passer, que j'étais le même homme qui avait été mis en état d'arrestation comme prévenu d'avoir publié une brochure contre l'empereur.
La seule considération qui fut assez puis-