LIVRE III , CHAPITRE II
ils m'avaient offert l'avantage de s'appliquer à un être vivant. Maintenant, pouvais -je déclarer que ma première déposition était fausse ? N'étaitce pas m'exposer à ne plus inspirer aucune confiance dans celle qu'il me plairait de faire ensuite, et à être retenu jusqu'à ce que l'on eût découvert mon vrai nom? Je m'abstins donc de faire aucune résistance et je mebornii à demander la permission d'écrire quelques lignes à une personne de ma connaissance pour l'informer de ce qui m'arrivait. Cette faveur me fut accordée avec empressement. Je traçai à la hâte un billet adressé à Dagana, et sans entrer dans aucun détail , dans la crainte que ma lettre ne fût décahetée, je la prévins que j'allais être mis sous les verroux à Sainte Péagie , prison dont je lui donnai l'adresse. Je cachetai ce message et le remis à un commissionnaire que l'on avait fait appeler d'après ma demande.
Comme M. Desprez était alors à Bordeaux, je ne craignais pas que ce billet pût compromettre Dagana; il était, d'ailleurs, conçu en termes tellement vagues qu'il ne pouvait lui nuire en
rien, s'il était ouvert. Cela fait , je dis au garde du commerce que j'étais prêt à le suivre.
Sous la direction de ce nouveau guide, je montai à mes frais dans une voiture qui me transfera promptement à Sainte -Pélagie; là, je fus installé, sous le nom de M. Estève, dans une chambre assez propre où je trouvai une commode, une table, deux chaises et un petit poêle. Le garde du commerce qui m'y introduisit, accompagné de l'agent de la maison, examina, avec beaucoup de sollicitude, si je ne manquais de rien ; il recommanda son prisonnier dans les termes les plus généreux à celui qui allait être mon gardien, et prit congé de moi avec autant de politesse que s'il m'eût quitté après m'avoir rendu visite dans ma propre maison.
Mon hôte me demanda si j'étais dans l'intention de prendre quelque rafraîchissement avant de me coucher, et il voulut mettre sous mes yeux la carte du menu de la maison. Je lui répondis que je n'attendais de sa complaisance qu'un peu de lumière; il déposa sur ma table un flambeau de cuivre, où brûlait