LIVRE in , CHAPITRE H
un reste de chandelle, me souhaita le bonsoir, et m'enferma en faisant crier plusieurs fois sa clé dans l'énorme serrure.
Me trouvant seul , je pus m'abandonner à toutes mes réflexions. Je commençai à me promener dans ma chambre et à repasser dans mon souvenir les événements de ma vie depuis que j'étais entré dans le monde. Le tableau qui s'offrit à ma pensée fut loin de me satisfaire. J'avais abandonné la culture de l'art dans lequel j'aurais pu obtenir des succès. Je n'exerçais encore aucune profession déterminée; aucun moyen fixe de pourvoir à mon existence ne m'était assuré. J'étais en butte auxpoursuites du gouvernement et sous le poids d'une accusation d'offense a la personne du souverain.
J'avais eu le malheur d'inspirer une violente passion à une jeune fille : je n'avais pas, il est vrai, causé son déshonneur malgré les occasions qui s'étaient multipliées; mais ce qui m'avait sauvé était justement ce qui donnait un caractère si répréhensible à mes re-
lations avec Dagana : savoir le malheureux penchant de cette Africaine pour la magie, son prétendu commerce avec les esprits infernaux, et les horribles serments par lesquels elle croyait m'avoir enchaîné. Je ne savais plus comment rompre des liens qui répugnaient si fort à ma conscience; je ne pouvais pas me dissimuler, que bien que je n'eusse aucun véritable amour pour Dagana, j'étais encore flatté et intéressé par l'empire sans bornes que j'exerçais sur son cœur, et que la résolution que les conseils delà vertu et l'intérêt de mon avenir m'engageaient à prendre , était combattue en moi par je ne sais quel charme un peu déréglé que je trouvais dans la société de Dagana, par la reconnaissance que ne pouvaient manquer de me faire éprouver sa tendresse et son dévouement, par la répugnance que me causait l'adoption d'un parti qui la plongerait dans le désespoir; et en outre, faul-il l'avouer? par une secrète terreur que jetait dans mon ame le souvenir des menaces qu'elle m'a-