‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 155 sur 232 · LIVRE 111, CHAPITRE lll. SqS · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE lll. SqS

pour mes ouvrages. Je crois même deviner.... » Il suspendit sa phrase en pirouettant sur le talon de sa botte , et en se frappant la cuisse avec la cravache qu'il tenait à la main.

«Épargnez-vous la peine de chercher, lui dis-je, après m'être amusé quelque temps de sa fatuité : je vais vous dire le nom de la personne en question. »

« Bah ! s'écria-t-il de l'air le plus étonné du monde: vous la connaissez ? »

« Oui, répondis-je, et cette personne est votre serviteur. »

M. Estève resta muet d'étonnement ; je lui expliquai alors en détail mon aventure à Sainte- Pélagie, en omettant ce qui regardait la part qu'y avait prise Dagana. M. Estève fut pris d'un rire si fou qu'il fut obligé de s'appuyer sur une borne voisine, et que les petits polissons du voisinage, suspendant leurs jeux, s'amassèrent autour de lui.

«Voilà un tour charmant , s'écria-t-il , vraiment digne de deux grands artistes! le récit en divertira mes amis pendant une semaine.

Pourquoi avez-vous quitté le pinceau , ingrat que vous êtes ? Vous voyez bien que vous avez dû votre délivrance à un portrait. L'art est le grand libérateur, le consolateur divin, la joie , la lumière, la fortune, le plaisir et la gloire. Mais, à propos, c'est à lui de me fournir les moyens de m'acquitter envers vous : je ne puis vous rembourser en vil métal , mais je viens de finir un délicieux tableau ; c'est une Judith tenant la tête d'Holopherne. Flore, la charmante danseuse de l'Opéra, a posé devant moi pour le personnage de la veuve de Béthulie ; vous ne savez pas combien elle est belle et farouche. Mon portrait lui a valu une telle réputation qu'elle m'a envoyé hier un déjeuner en porcelaine de Sèvres , en reconnaissance du grand nombre d'admirateurs que lui a valu mon tableau. »

Je ne voulais pas accepter le présent que M. Estève m'offrait et dont le mauvais état de ses affaires devait lui rendre la possession nécessaire; mais je vis qu'insister sur mon refus, c'était offenser en lui ce sentiment d'orgueil et

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