‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 158 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De l'effet que produisit sur Daiîana un tableau qui représentait Judith venant de tuer Holopherne.

Cela ne m'empêcha pas d'envoyer chercher le tableau que M. Estève avait désiré mettre en ma possession. Dès qu'il fut arrivé, je profitai du moment où Dagana était absente pour le suspendre dans sa chambre, sur un panneau placé en face de son lit. Il était vraiment fort beau. Le peintre avait donné à la tête de Judith une admirable expression; un saint enthousiasme et l'énergie d'une grande ame brillaient dans ses yeux et dans ses traits; l'éclat de ce visage inspiré était incomparable. La parure de Judith, son voile magnifique, ses cheveux bouclés qui se déroulaient sur ses épaules; sa tunique azurée, son éclatante chaussure, ses bracelets d'or, ses colliers, ses pendants d'oreilles ,

tout cela était rendu avec un goût et un art qui produisaient la plus agréable illusion. Judith tenait dans sa main gauche la tête d'Holopherne qui, toute couverte des ombres de la mort, gardait néanmoins l'empreinte des plus honteuses passions , telles que la débauche , l'orgueil , la cruauté, l'oubli de Dieu et le mépris des hommes. Le caractère sombre et terrible de cette tête inanimée , formait un admirable contraste avec la pudeur chaste et fière de Judith, dont le visage semblait devoir un coloris plus vif que de coutume au coup qu'elle venait de frapper. Le sabre d'Holophernedont elle s'était servie pour lui trancher la tête, était dans sa main droite : le sang paraissait dégoutter de sa lame recourbée. Enfin tout le tableau était saisissant de vérité.

Quand Dagana rentra dans sa chambre , elle jeta un cri de surprise: je m'étais caché dans le boudoir voisin pour jouir de son étonnement; et je vis que l'effet allait au-delà de mon attente. Les sentiments les plus divers se peignaient sur le visage de la Mauresse; elle paraissait hors

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