LIVRE III, CHAPITRE V. 3ll
« Vous me traitez toujours en enfant : il y a cependant bon nombre d'années que je ne le suis plus. »
Ma mère, tout à fait déroutée par cette habile manœuvre, ne répondit rien ; elle voulut m'attendrir pour m'empècher de continuer sur le ton que j'avais pris ; elle jeta un petit cri de douleur en se plaignant de s'être piquée en attachant sur sa tète un nouveau bonnet qu'elle essayait devant sa glace.
Mais je demeurai impitoyable :
« Soyez tranquille, ma mère, j'ai maintenant l'âge de raison. Je suis en état de me conduire... Néanmoins soyez sûre, que dans toutes les circonstances importantes de ma vie, je ne manquerai pas de recourir aux lumières de votre expérience, et aux inspirations de votre tendresse. Je sais que votre assistance ne me manquera jamais. »
Je lui devais bien l'adoucissement que je venais d'apporter à mon refus de satisfaire aux questions qu'elle m'adressait. Elle vint s'asseoir près de moi , me prit la main en essuyant
quelques larmes qui coulaient de ses yeux.
ce Tu n'as plus de confiance en moi, me ditelle avec un accent qui remuait dans mon ame tous les bons sentiments, et toutes les facultés aimantes. Tu ne m'instruis plus comme par le passé de l'état de ton cœur ni de la nature de tes relations ; mais puisque te me traites en étrangère et qu'il ne te convient plus de me confier ce qui te touche de plus près, sois tranquille, tu ne seras exposé désormais à aucune question indiscrète de ma part; j'attendrai que tu viennes de toi-même me trouver, et je serai toujours prête à participer à ton bonheur ou à entrer dans tes peines, à me réjouir de tes succès ou à te consoler de tes chagrins, à le pardonner tes fautes si tu avais le malheur d'en commettre, et enfin, cher Alphonse, à te rappeler tes devoirs envers Dieu, si je te les voyais mettre en oubli. Je n'ai pasbesoin de te répéter que tu es ma seule joie dans cette vie , et qu'il n'y a que toi qui puisses répandre quelques douceurs sur le peu d'années qu'il me reste encore à passer sur la terre. »
Je ne comprenais que trop bien le sens de ces