LIVRE m, CHAPITRE VI
rand ouvrit une porte , en la poussant du genou , car elle n'avait plus de serrure : « Voici , me dit-il , votre anti-chambre ; » c'était une pièce où se trouvaient deux chaises de paille, et une fenêtre dont trois carreaux sur huit étaient traversés de bandes de papier, destinés à retarder le moment où l'on ferait venir le vitrier.
tf Cette pièce est votre salon, » me dit ensuite Durand, d'un air goguenard, en me faisant entrer dans une seconde chambre , image du chaos, où tout ce qu'on peut imaginer de plus usé, de plus poudreux, de plus mutilé en chaises, fauteuils , canapés, tables de toute espèce, était accumulé, de manière à nous laisser à peine l'espace nécessaire pour traverser le garde -meuble séculaire que je présumais devoir être un séjour délicieux pour les trois fléaux de l'homme , les vers , les punaises et les rats.
«Et que direz-vous de votre chambre à coucher? » continua mon perfide et malicieux conducteur , en me riant grossièrement au nez.
« Je vois qu'elle est déjà habitée , » repris-je
froidement , en me tenant sur le seuil de la troisième pièce , où j'aperçus cinq ou six perroquets perchés sur des bâtons auxquels ils étaient retenus par une longue chaîne passée autour de l'une de leurs pattes. Une couchette assez moderne, en acajou, quatre chaises recouvertes en tafetas rouge, à moitié déchirées, une table de cuisine, une vieille armoire en bois de chêne, une belle glace posée à terre, et appuyée contre le mur, composaient, en sus des bâtons de perroquets , l'ameublement de cette pièce.
a Quelle est donc cette manière de transformer en volière la plupart des chambres de cette maison ? » demandai-je à Durand.
<c Avant de prendre une fantaisie pour les pigeons , me répondit le vieux serviteur, en me prenant par le bouton de mon habit , et en me forçant à respirer son haleine , qui n'avait pas le parfum de la rose, M. le baron était fou, mais tout à fait fou des perroquets. Quoi ! c'était une rage. Or, un jour n'arriva-t-il pas qu'il fut mordu au menton , mais sérieusement, par l'un de ces animaux , justement celui qu'il af-