‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 177 sur 232 · LIVRE III, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VII

remise entre ses mains. Elle inclina son front sur sa poitrine , et l'agitation de son cœur violemment oppressé soulevait le fichu de dentelle noire qui couvrait son sein.

J'éclatai de rire, et après l'avoir raillée avec gaieté sur sa foi dans les présages et les augures de tout genre , depuis les entretiens avec les esprits invisibles jusqu'aux chimères que le sommeil fait monter dans le cerveau, depuis la conjonction des astres entre eux jusqu'aux mélanges des fleurs tirées au sort, je lui racontai pour la distraire et changerde conversation, ma visite à M. le baron de Saint-Lux. Mais je reconnus l'impuissance de mes efforts pour dissiper sa mélancolie qui venait de trois causes, de la maladie de son père , de notre séparation dont l'heure s'approchait, et de l'impression produite sur son esprit par la destinée que l'art de la nécromancie lui avait fait lire dans un bouquet. Après m'étre vainement battu les flancs afin de paraître gai, je me lassai de ma tentative, et, cessant de parler, je pris à mon tour une attitude pensive.

C'était le moyen de la tirer de ses réflexions. Tout à coup, sous aucune transition, son visage s'anime, son teint se colore , ses yeux et sa bouche me sourient de concert. Elle m'entretient du bonheur qu'elle aura un jour , lorsqu'elle sera maîtresse de son sort et de sa fortune, à mettre ces dons du hasard âmes pieds, à couronner mon existence des biens qui peuvent la rendre fortunée et brillante, à me filer, comme une esclave dévouée à mes moindres désirs, des jours tissus de plaisirs et de gloire. Elle me peint la félicité que nous goûterons ensemble, les facilités que les trésors amassés par son père nous fourniront pour goûter toutes les jouissances terrestres, nos délicieux voyages dans tous les pays où le génie de l'homme nous réserve quelque chose à voir et à admirer, la vie libre et variée dont je goûterai, à mon aise , l'indépendance et le loisir plein de charmes , la douceur et l'aisance qu'elle se plaira à me voir répandre sur les vieux jours de mon père et de ma mère. Après avoir flatté dans mon cœur l'amour du luxe , le goût de la paresse, la pas-

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