‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 178 sur 232 · LIVRE III, CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE Vil

sion de la liberté, et donné en moi satisfaction au sentiment plus pur de la piété filiale, elle s'adresse à l'ambition qui sommeillait encore chez moi, et qu'elle y stimule avec un art infini.

« Je veux , me disait-elle de l'accent le plus passionné, que le compagnon de ma vie soit grand parmi les hommes. Sois tranquille : ton génie est inconnu à toi-même; je l'ai deviné; il n'attend pour éclater qu'une occasion digne de lui, et pour t'élever au premier rang, qu'une scène proportionnée à la grandeur de son essor; je veux que la renommée, les honneurs et la puissance te forment une auréole , et parent de leurs nobles rayons la destinée de celui que j'ai rendu le roi de la mienne. Tout cédera à l'influence de l'étoile qui brille sur ta tète, et au secours des amis que nous aurons dans la sphère où se préparent les destins des hommes. »

C'était dans ce moment qu'elle exerçait vraiment son autorité magique, et qu'elle invoquait tous les démons de mon esprit et de mon cœur. Elle paraissait inspirée en me prophétisant de si

magnifiques destinées ; sa couronne de fleurs, ses flèches d'or, sa coiffure d'un genre sévère , sa robe de deuil , sa branche de cyprès flétrie attachée à sa ceinture , ajoutaient à l'effet du regard fixe et étincelant, qui était comme l'organe d'unsens intérieur et qu'elle semblait plonger dan s les ténèbres d'un avenir caché aux yeux mortels. J'étais subjugué: en cet instant , je l'adorais, je l'honorais, j'avais foi en elle , elle avait tout pouvoir sur moi.

Elle saisit alors un poignard dont le fourreau était en nacre de perle , incrusté de rubis , et qui était suspendu au mur par un cordon de soie ; elle écarte, en se découvrant, les voiles qui se croisaient sur sa poitrine , et se frappe : le sang jaillit dans une coupe d'or placée sur la table : je pousse un cri d'horreur.

« Enfant que vous êtes! s'écria-t-elle en souriant; ce n'est qu'une piqûre, w Elle trempe une plume dans son sang, trace quelques lignes sur un papier, et me le présente : « Je jure de ne jamais appartenir à d'autre qu'à toi. Dagana», tels étaient les mots exprimés en caractères

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