‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 179 sur 232 · LIVRE III , CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE Vil

sanglants sur ce billet d'amour d'un nouveau genre.

« Tiens , me dit-elle en me présentant la plume encore humide, écris-m'en autant : pour me tracer j avant de nous séparer , un adieu semblable , sers- loi de ce sang qui sort de mon cœur et qui jouirait de couler pour toi ; car il brûle dans mes veines de l'amour le plus vrai que jamais femme ait connu sur cette terre où nous passons comme l'ombre, et où notre flamme est semblable à la lampe qui éclaire le soir, dans le désert , la tente du voyageur.»

Elle m'aurait commandé de me frapper mortellement de ce même poignard , je lui aurais obéi et serais tombé expirant à ses pieds. La fascination n'a jamais été poussée plus loin. Je copiai les mots qu'elle avait tracés , et les scellai de mon nom , sans mieux savoir ce que je faisais, que l'homme dont les vapeurs de l'ivresse ont obscurci l'entendement. Elle s'empara avec transport de ce nouveau serment, le pressa contre ses lèvres et le cacha dans son sein : « Voilà le remède à la blessure que je me

suis faite , » me dit-elle avec l'exaltation de la joie.

Je ne sais comment j 'aurais résisté aux sentimens qui m'entraînaient vers elle. Les idées de sorcellerie qui avaient toujours glacé ma passion s'étaient évanouies avec la liberté de mon jugement ; et j'aurais probablement succombé au vertige qui s'était emparé de moi , si Felinia ne fût entrée en ce moment pour annoncer à sa maîtresse que les chevaux de poste qu'elle avait commandés étaient attelés à sa berline. Cette jeune négresse apercevant quelques taches de sang sur la robe de Dagana, se montra tout effrayée. La fille de M. Desprez lui dit qu'elle s'était piquée ; et Felima étant sortie pour aller chercher de quoi soigner sa maîtresse , nous profitâmes de ce court moment pour nous promettre de nous écrire et nous dire adieu. Je ne quittai la maison de Dagana qu'après l'avoir vue monter en voi' ture , et avoir long-temps suivi des yeux cette berline qui emportait loin de moi une femme

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