LIVRE III , CHAPITRE VII. '53g
dont j'étais si tendrement aimé , et qui ne ressemblait à aucune autre mortelle.
Mais , chose étrange ! aussitôt que cette voiture , tournant le coin de la rue , cessa de frapper mes yeux, un autre sentiment fit place, avec la rapidité de l'éclair, à tous ceux que je venais d'éprouver. Ce sentiment était la satisfaction involontaire de me trouver libre. L'ascendant que Dagana exerçait sur ma raison et ma volonté importunait mon esprit d'indépendance. J'ai déjà expliqué ce que le joug dune liaison dans laquelle je n'apportais pas une part suffisante d'attachement , avait souvent de lourd et de menaçant pour moi ; la scène qui venait de se passer ne s'offrait plus à mon esprit que sous la forme d'un rêve auquel succède le réveil éclairé à la fois de la lumière du jour et de celle de votre raison. Le souvenir de la promesse que j'avais tracée en lettres de sang ne laissait pas que de me causer beaucoup d'inquiétude ; mais cette impression ne dura pas. A l'âge que j'avais , on vit dans l'avenir par l'espérance et rarement par la
crainte. Je dois ajouter que, par les dispositions de mon esprit, j'étais disposé à exister presque tout entier dans le présent; et que, prompt à chasser les idées qui troublaient mon esprit , j'usais de tout l'empire que je pouvais avoir sur moi-même pour m'empêcher de songer aux conséquences désagréables de l'une quelconque de mes actions.