LIVRE I, CHAPITRE IV
continuel des voilures qui passaient dans la rue voisine , tout cela formait un très agréable concert. Nous étions amusés de la curiosité des commères qui se mettaient aux fenêtres des maisons contiguës pour nous voir faire bonne chère.
A l'exception de M. Desprez, tous les convives étaient artistes.
a II est fâcheux que David soit si académiquement froid. »
Ces mots lances pour ranimer la conversation qui avait langui une minute , furent prononcés par mon maître, pendant qu'il découpait un faisan et se détournait pour faire signe à un valet de nous verser à boire, mais ils allaient audelà du but qu'il se proposait; car ils soulevèrent une si vive et bruyante controverse que les interlocuteurs en oubliaient le boire et le manger.
« Pouvez-vous parler avec tant de dédain du plus grand peintre de notre siècle? s'écria un jeune homme à tête blonde, placé à ma droite; est-ce que par hasard vous préférez Gros à
David? s'il en est ainsi, allez à la Morgue, et vous y verrez des morts qui vous donneront l'idée de la manière dont Gros peint les vivants. »
« J'aime mieux les deux yeux de la Phèdre de Guérin que toutes les Sabines et les pestiférés du monde, » dit une troisième voix, faisant allusion à deux tableaux de David et de Gros.
« Ne parlez pas de votre Guérin, » s'écria en frappant avec colère sur la table un élève de Gérard, grand jeune homme maigre , vêtu d'un habit noir râpé, au teint bilieux, à la tête chargée d'une longue chevelure noire qui pendait en désordre jusque sur le collet de son habit; « c'est Robespierre qui a fait le succès de Guérin. »
A ce mot tout le monde partit d'un éclat de rire.
« Oui, continua- t-il d'un ton encore plus irrité, Guérin dans son Marcus Sextus a spéculé sur les souvenirs de la révolution; qu'est-ce que son héros? un émigré rentré. Messieurs, Gérard est le roi de l'école moderne , Guérin et tous les autres ne me semblent pas dignes de dénouer les cordons de ses souliers. Quelle admirable composition que celle de son Bélisaire! pouvait-on