LIVRE III, CHAPITRE VIIl
les difficultés et des désagréments dont serait hérissée la mission dont M. de Saint-Lux voulait me charger, effrayait singulièrement mon inexpérience et mon amour pour le repos. En outre, j'avais une véritable horreur pour toute démarche ayant pour objet un intérêt pécuniaire, la cupidité était un sentiment que je n'avais jamais connu ; j'avais là-dessus des sentiments presque ridicules par leur exagération. Demander de l'argent, recevoir de l'argent, parler d'argent , étaient trois choses qui me faisaient toujours monter la rougeur sur le front. Si d'un côté j'étais flatté de la confiance que me témoignait M. le baron de Saint-Lux , de l'autre j'étais presque humilié qu'il eût jugé l'appât d'une énorme récompense nécessaire pour exciter mon zèle à le servir et qu'il m'eût rangé dans la foule des agents d'affaires pour la plupart desquels l'honneur et la probité peuvent être cotés chaque jour à peu près comme le cours variable des fonds publics.
Cependant j'avais à cœur d'être utile à M. de Saint-Lux, qui m'inspirait déjà de l'affection ; j'é-
tais indigné de le voir dupé d'une manière si infâme, et je me trouvais disposé à entreprendre la négociation qu'il remettait entre mes mains, autant par un sentiment d'équité plein de chaleur et d'activité dans mon ame, que par une impulsion venue de l'amour-propre qui me faisait espérer de réussir dans une affaire aussi compliquée.
Je répondis à M. de Saint-Lux que je me trouvais infiniment honoré de sa proposition 5 mais que je le suppliais d'abord de chercher autour de lui quelque personne plus capable que moi par son âge, par la maturité de son esprit et par la triture qu'elle au rait des affaires, de mener à bien une entreprise dont il ne pouvait se dissimuler toutes les difficultés. J'ajoutai que s'il lui était impossible, ce que j'étais loin de croire, de trouver un mandataire de cette description, surlequel il put reposer sa confiance, je ne demandais pas mieux que de lui servir à cet égard de pis-aller, sans lui déguiser la crainte de consulter plutôt en cette circonstance mon zèle pour son service que l'étendue de mes