‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 187 sur 232 · LIVRE m, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE VIII

siduité si soutenue que je finis par connaître, sans les avoir jamais vus , la plupart des hommes qui avaient écrit ces correspondances, et par me former une idée assez nette, tant des circonstances particulières qui leur avaient fait contracter un engagement envers M. de Saint- Lux , que des difficultés plus ou moins grandes qu'il y aurait à les amener à y faire honneur. Dans le nombre des pièces que m'avait remises le baron, se trouvaient les lettres que lui avaient adressées cette même Flore, danseuse de l'Opéra, qui avait posé devant M. Estève pour son tableau de Judith. Ces lettres, que M. Saint-Lux m'avait sans doute livrées par mégarde , étaient de petits chiffons de papier, remplis de fautes contre la langue et l'orthographe.

On voyait que la demoiselle avait la main moins exercée que les jambes, et que sa science était aussi légère que son corps; du reste , elle paraissait s'entendre parfaitement à faire sauter les écus du pauvre baron. Elle lui écrivait non

pour s'excuser de ne pas lui rendre l'argent

qu'il lui avait prêté , mais pour se plaindre de n'avoir pas reçu celui qu'elle demandait. C'était elle qui prenait le ton qui convient au créancier. Parmi ces ëpîtres, les unes respiraient la plus artificieuse cajolerie , et représentaient le vieux baron comme un Adonis , qui faisait sans pitié mourir d'amour une pauvre femme assez malheureuse pour Favoir rencontré. Il y en avait d'autres qui contenaient des plaintes assez vives pour ressembler à l'injure et dans lesquelles elle lui disait crûment qu'il ne devait pas s'imaginer que ce fût sa personne seule qui l'attachât à lui , et que la première condition pour plaire dans un amant qui n'était plus de la première jeunesse , c'était une grande générosité. Enfin il y en avait d'autres où la donzelle jouait le désespoir, et annonçait l'mtention de s'empoisonner, si, à une heure fixe, une certaine somme qu'elle désignait ne lui était pas parvenue. J'aurais bien voulu liie aussi les réponses du baron, ou pour mieux dire du barbon, mais elles ne se trouvaient pas jointes au dossier : peut-être avait-il l'habitude de les faire ver-

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