LIVRE III, CHAPITRE VIII
bellement. Quoi qu'il en soit, la lecture de cette correspondance me divertit infiniment. J'en riais quelquefois tout seul jusqu'aux lar mes. Cela tempéra un peu l'ennui que me donnait le reste de mon travail , que j'achevai au moment où le dégoût venait à bout de mon courage et où ma paresse habituelle était près de vaincre ma résolution.
M. de Saint-Lux garda plusieurs jours par devers lui ce nouveau mémoire que je lui avais présenté ; puis un matin, à l'issue de notre déjeuner, il me dit, en le retirant de son armoire : « J'ai examiné à loisir ce que vous m'avez remis, je ne saurais trop vous dire combien j'en ai été satisfait; je regrette que votre père ne vous ail pas placé dans une étude de procureur. Mais j'ai quelques observations à vous faire sur la liste que vous avez dressée de mes débiteurs et sur les annotations placées en regard de chacun de leurs noms; par exemple, vous avez écrit à côté des noms des sieurs de l Etang et Lambert cette note :
« A poursuivre sévèrement^ ils sont très solvables. »
« Par des circonstances particulières, que je ne puis vous expliquer, la position de ces deux messieurs me commande les plus grands ménagements, et je désire qu'il ne soit fait aucune recherche à leur égard. »
Le lecteur doit se rappeler que ces deux noms de V Etang et Lambert, étaient ceux que portaient Monsieur et le comte d'Artois dans la correspondance secrète dont j'ai parlé plus haut. L'observation que j'avais placée en regard des noms supposés de ces deux augustes personnages était une petite malice de ma part. Le ton grave et la manière composée avec lesquels M. de Saint-Lux me donna l'ordre de n'exercer aucune poursuite contre eux , furent pour moi un véritable amusement. D'après le relevé des sommes que ce fidèle serviteur des Bourbons avait avancées aux princes émigrés , il devait avoir mis à leur disposition la meilleure partie de sa fortune. Cette circonstance