LIVRE III, CHAPITRE VIII
expliquait l'état de gêne auquel il était réduit. Il y avait tant de bonté dans son cœur, qu'en parcourant la liste qu'il tenait dans ses mains il trouva un grand nombre d'autres noms qui réveillaient en lui des souvenirs d'attachement ou de pitié : « Celui-ci est un ancien officier de l'armée de Condé; celui-là a partagé ma captivité pendant la terreur; en voici un qui m'a donné asile sur la terre étrangère; cet autre m'a fourni des livres et de la draperie anglaise pour faire un petit commerce à Genève où j'étais émigré, et pour tirer de cette industrie les moyens de pourvoir à ma subsistance; cet autre est père de famille, il faut encore l'épargner; la fille de celui-là est ma filleule, ne l'inquiétons pas.»
C'est ainsi queM.de Saint-Lux réduisait peu à peu la liste des personnes dont il y avait lieu d'exiger un remboursement, et convertissait ses débiteurs en donataires.
Cependant, malgré toutes ces épurations , la somme des créances dont il m'ordonna de suivre la liquidation , représentait encore une
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valeur d'une somme d'environ 200,000 francs. Je convins avec lui d'agir contre ces débiteurs en me servant du nom de mon père, auquel M. de Saint-Lux passerait ces différentes obligations pour s'acquitter envers lui du prix d'un certain nombre de tableaux dont il serait censé avoir fait l'acquisition. Le baron, selon sa confiance et son détachement habituels, voulait transférer à mon père tous ses titres et ses droits sans recevoir aucune garantie ni aucun gage en échange; mon père , que j'entretins longuement de cette affaire et qui, plus intéressé que moi, voyait quelque avantage à en retirer, consentit à passer comme le cessionnaire de ces créances , mais il remit en même temps au baron de Saint-Lux une reconnaissance en forme de ces valeurs, par laquelle il déclarait les avoir reçues en dépôt.
Nous fùïftes assez heureux, mon père et moi, pour réussir dans cette affaire; nous envoyâmes auprès de nos prétendus débiteurs un jeune avoué instruit, délié, qui savait accommoder son langage au caractère et à la position des