LIVRE III, CHAPITRE X. 36j
émigrés. L'année suivante, je fis à la même cause un nouveau sacrifice , et j'envoyai plus de 100,000 francs aux braves gentilshommes qui venaient de donner le signal d'une guerre royale dans les bocages du Poitou. Une autre partie de ma fortune a passé, en 1795, dans les mains de Pichegru, avec qui j'entretins, au nom des Bourbons, d'activés relations, au moment où il commandait l'armée de la Convention sur les bords du Rhin. Cette négociation n'ayant pas réussi, je rentrai en France au péril de ma vie , et fis partie de l'agence royaliste dont plusieurs membres furent découverts et mis à mort par l'ordre de la Convention, après la malheureuse journée du i3 vendémiaire.
« Tous ces événements sont antérieurs à ta naissance , mais tu en as sans doute entendu parler. Bénis le ciel de n'avoir pas vécu dans ces jours de sanglante mémoire. Condamné à une rigoureuse captivité, après le 18 fructidor, par suite de l'arrestation de Pichegru , je restai près de six mois dans un cachot infect où je
n'avais pour lit qu'une botte de paille à moitié flottante dans une mare d'eau croupie, et où les courts moments de sommeil que la nature m'accordait étaient troublés par l'image de l'échafaud. Je ne dus la vie qu'à la générosité touchante du comte d'Antraigues, qui , voyant ses papiers près d'être saisis , trouva le moyen d'ajouter, à une lettre qui en faisait partie , un post-scriptum de quelques lignes dans lequel il me représentait comme un homme infidèle à la cause des Bourbons. Cette lettre, qu'il glissa dans son portefeuille, me sauva. Je recouvrai la liberté, et j'osai demeurer à Paris.
Il est inutile de t'expliquer ce que j'y ai fait , depuis cette époque ; mais je t'en ai dit assez , mon ami , sous le sceau de la confiance que tu m'inspires , pour te faire comprendre quels ont été, pendant long-temps, mes sentiments à l'égard du gouvernement impérial , et combien j'étais loin de m'attendre aux faveurs qu'il veut m'accorder. Juge de ma surprise , lorsqu'un aide-de-camp du général Bonaparte , soi-disant empereur , est venu me trouver hier