LIVRE m, CHAPITRE X
pour m'entretenir du vif désir de son maître de voir figurer dans sa cour un homme d'une naissance aussi illustre, d'un caractère aussi honorable et d'un esprit aussi distingué que M. le baron de Saint-Lux. Je te répète , mon enfant , les termes dont il s'est servi. Bref, il m'a demandé si , dans le cas où l'empereur me nommerait chambellan , je serais disposé à accepter cette distinction »
M. de Saint- Lux ayant suspendu son récit, j'en profitai pour lui répondre avec vivacité :
« Et vous avez sans doute refusé les chaînes dorées qu'on vous tendait ? »
«Pas précisément, reprit M. de Saint-Lux; j'ai demandé le temps de la réflexion. Je t'avouerai que dans le cours de ma carrière, je n'ai pas toujours eu lieu d'être satisfait des princes de la maison de Bourbon... Ce ne sont pas des récompenses que je leur demandais. D'ailleurs, ces augustes et malheureux personnages ne sont pas en état d'en accorder à leurs serviteurs; mais j'aurais voulu qu'ils se mon- I. at4
trassent plus sensibles à tous les sacrifices que je faisais pour leur cause. J'ai perdu à leur service ma santé , mon repos et ma fortune; j'ai bravé la mort plus de vingt fois dans mes anciennes relations avec Pichegru : cela méritait bien quelques sentiments de reconnaissance de leur part. Eh bien, je ne leur ai jamais demandé que deux choses bien simples et bien faciles; savoir: le changement de mon titre de baron en celui de comte, et ma promotion au grade de général, attendu que j'ai eu jadis celui de colonel dans les gardes françaises. Je n'ai pu obtenir que de vaines promesses, ce que l'on appelle de l'eau bénite de cour; etj'aisuque dernièrement le roi.. .je veux dire Monsieur, avait accordé le titre de comte à son ancien valet de chambre, et avait promu au rang de général un de ses vieux pages, qui n'a jamais porté les armes. Il m'est impossible de ne pas comparer la conduite tenue à mon égard par des princes à qui j'ai montré tant de dévouement , avec la flatteuse démarche que vient de faire auprès de moi un gouvernement