CHAPITRE PREMIER
Alphonse commence son récit par quelques détails sur son origine et son éducation.
Je suis né à Paris, le 1 5 janvier 1792. Mon
père, originaire de Florence, était un artiste très
distingué. Venu fort jeune en France, après la
mort de ses parents, il s'y était fixé, et son talent
pour la peinture, dans le genre du portrait, lui
avait procuré, très vite, d'honorables moyens
d'existence. Sa réputation lui avait valu l'honneur I. I
2 ALPHONSE DORIÂ.
detre choisi, en 1789, par le premier gentilhomme de la chambre, pour faire le portrait du roi , à l'époque de l'ouverture des états-généraux. C'était une circonstance qu'il aimait si fort à rappeler que le récit , sans cesse répété , en avait fait vibrer, dès ma plus tendre enfance, chaque fibre encore molle de mon cerveau.
Il épousa , à l'âge de trente-cinq ans, Eugénie Desgranges , fille d'un modeste littérateur dont tout le génie se bornait à compiler les œuvres originales des écrivains renommés, et qui se comparait lui-même à l'industrieuse abeille qui vole, de fleur en fleur, pour en extraire les sucs parfumés. Ma mère, au moment de son mariage, venait à peine d'accomplir sa quinzième année. Elle n'avait eu d'autre dot qu'un exemplaire relié en veau et doré sur tranche des soixante volumes composés, ou plutôt exposés par son laborieux père. Mais la finesse de son esprit, les rares qualités de son cœur et sa grande beauté, étaient bien faites pour inspirer un attachement désintéressé. Si j'en dois croire le souvenir des charmes qu'elle conservait en-