LIVRE III, CHAPITRE XIII
gnera sur vous qu'à la condition de toucher votre cœur ; prenez-y garde ; une fois tombé dans ce filet, vous n'aurez ni dents ni ongles pour en rompre les mailles; car en aimant une beauté, ce n'est pas elle que vous aimerez, mais, comme l'adit je ne saisquel poète, ce seral'amour même. Vous êtes un peu sévère envers notre pauvre Flore; cependant je suis forcé de convenir de sa passion pour le vil métal, ce qui s'explique par son goût étrange pour l'architecture. Son bonheur est de faire bâtir des maisons dont elle dresse elle-même les plans et dirige la construction; elle passe ses journées, entourée d'ouvriers; et ce qu'il y a de plus grotesque, elle répète souvent un pas nouveau tout en donnant ses ordres ; aussi le maçon à qui elle donne ses ordres , attend, muet et immobile devant elle, avec une truelle à la main, qu'elle ait fini sa pirouette pour obtenir la fin d'un ordre interrompu. Comme elle est fort brune et qu'elle est obligée le soir de se composer des lys et des roses, les méchants, faisant allusion à son avarice et à son goût pour le plâtre,
disent qu'elle doit être fort heureuse de n'avoir pas besoin d'acheter du blanc.
« Elle a su très habilement bâtir l'édifice de sa fortune , dont , pour me servir de son langage, elle a posé la première pierre lorsque le czar de Russie , accompagné de quelques officiers supérieurs, est venu à Paris rendre visite à l'empereur. Depuis cette époque elle aime singulièrement la Russie ; elle ne demanderait pas mieux que d'aller danser à Saint-Pétersbourg. Elle avait même contracté un engagement avec le directeur de l'Opéra de cette capitale ; et la guerre que nous allons faire à ses bons amis la contrarie fort.
«Tout cela ne l'empêche pas d'être infiniment aimable avec ses compatriotes. Si vous voulez en juger par vous-même, je lui donne demain soir à souper : vous vous trouverez avec des artistes; et , quoique vous ayez abjuré cette qualité sublime, je n'ai pas besoin de vous dire que vous serez bien reçu par l'Amphitryon et ses convives. »
Je m'excusai de ne pouvoir accepter cette