‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 211 sur 232 · LIVRE III, CHAPITRE XIV. Sgi · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIV. Sgi

ajoutait à ma confiance ordinaire dans ma personne et dans la destinée. J'étais assuré désormais de ne pas mourir de faim si je manquais d'emploi : cette pensée me rendait le maître du monde; je goûtais avec délices l'assurance de me suffire à moi-même et de pouvoir rendre à l'homme qui m'humilierait mépris, pour mépris.

Je me bornai donc à répondre à M. de Lacy que j'étais prêt à entrer chez lui en qualité de secrétaire ; il me fit un petit geste de la main pour m'indiquer la porte, et me dit : «A demain matin ! » puis il tourna la page du livre qu'il tenait et sembla oublier que j'étais venu.

Je sortis lentement après avoir enfoncé , en sa présence, mon chapeau sur ma tête, afin d'être, de mon côté, aussi impertinent que je pouvais l'être. J'avais besoin du grand air pour reprendre le calme qui sied aux grandes âmes ; quelques heures suffirent pour dissiper mon agitation.

Le lendemain matin , je fis mon entrée chez ce personnage dont le caractère était si fort en

contradiction avec ses doctrines politiques touchant l'égalité des hommes. Il me fallut peu de temps pour reconnaître la vérité de ce que m'avait dit M. Noël sur le compte de cet ami de la liberté, qui avait établi dans sa maison les formes du despolisrae , de ce patriote austère qui prenait grand soin de faire souvenir quiconque l'approchait qu'il était né gentilhomme; de cet illustre philanthrope, qui ne faisait jamais une charité qu'à la condition qu'elle serait scue de tout le monde.

Cependant, après avoir passé un mois dans sa maison , j'étais déjà en état de lui rendre justice sous le rapport de l'extrême habileté avec laquelle il ménageait les apparences et conservait intacte sa réputation. Je dois ajouter que toutes les fois qu'il y avait à opter entre le soin de sa gloire et un autre avantage quelconque, il ne balançait jamais. Certainement il n'avait dépendu que de lui d'être compris dans la liste des membres du sénat créé par Napoléon , et d'ajouter à sa fortune particulière les énormes traitements par lesquels le chef du nouveau gou-

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