CHAPITRE XY
Alphonse étudie la métaphysique : de ses discussions sur cette matière abstraite avec M. de Lacy.
La plus grande partie de mon temps était employée à remettre au net un ouvrage métaphysique de sa composition intitulé de VOri-
gine de nos connaissances. C'était une science si nouvelle pour moi que j'eus d'abord quelques difficultés à comprendre le sens des mots que je transcrivais. Mais je me piquai d'amourpropre pour m'acquitter, en créature intelligente, de la lâche qu'il m'avait confiée. Son style était d'une admirable lucidité, ses idées s'enchaînaient les unes aux autres avec une logique si rigoureuse, qu'aussitôt que j'avais compris l'une d'elles, je voyais se répandre une vive himière sur toutes les autres qui en étaient déduites. Peu à ])eu je m'intéressai à cette étude; je lus les ouvrages deLoke et de Condillac qui étaient souvent cités par M. de Lacy; et je devins capable après un labeur assez opiniâtre, non-seulement d'entendre les arguments dont il se servait pour défendre son opinion , mais encore d'en discuter la solidité.
Je m'étais aperçu que son système conduisait à ce qu'on appelle le matérialisme. Il faisait venir toutes nos idées de nos sensations; et, exagérant la doctrine de Loke, voyait dans l'homme une machine organisée chez quil'ame