LIVRE JII, CHAPITRE XVI. 4o
cette pauvre Mauresse qui était , comme l'on s'en souvient , partie pour Bordeaux où l'appelait la maladie de son père. J'avouerai sincèrement que je tâchai d'écarler son image toutes les fois qu'elle se présentait à mon esprit, que je n'aurais pas été fâché de croire qu'elle en faisait autant pour la mienne, et que la cessation absolue de toutes relations entre nous depuis son départ, me donnait le vague espoir que je finirais par échapper au joug d'une liaison qui répugnait à ma conscience et ne satisfaisait pas mon cœur.
Il y avait déjà huit mois que j'étais chez M. de Lacy lorque plusieurs événements rapprochés les uns des autres resserrèrent les noeuds de confiance et d'amitié qui m'attachaient déjà à cette famille, et faillirent amener un dénouement imprévu pour moi-même.
Madame de Longpré, sa nièce et moi, nous nous promenions un jour à cheval dans le bois de Boulogne ; nous arrivons dans une allée dont un assez grand nombre d'ouvriers étaient en
train de réparer la chaussée; le cheval que
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montait la sœur de M. de Lacy prend de l'ombrage, à cause d'une charrette placée en travers du chemin ; elle lui donne un coup de cravache, il s'emporte ; je saute à bas du mien que je confie à un ouvrier , et je vole au secours de madame de Longpré; je parviens à saisir parla bride son cheval qui se cabrait de la manière la plus effrayante ; mais en même temps je déplace le mors; et l'animal, que le frein ne contient plus suffisamment, continue à avancer malgré mes efforts et me traîne pendant huit ou dix minutes jusqu'à un mur devant lequel il s'arrête enfin.
Je n'avais pas lâché la bride, et cette circonstance l'avait sans doute empêché de prendre tout à fait le mors aux dents. Le mur qui lui avait servi de barrière était celui de Bagatelle.
Le concierge , aidé de son fils , jeune homme d'une vingtaine d'années , me transporta dans son logement; à peine m'eurent- ils déposé sur une chaise , que je perdis connaissance. Quand je rouvris les yeux, j'aperçus madame de Longpré et sa nièce occupées à me faire respirer