‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 223 sur 232 · LIVRE III, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XVI

M. Wanderwitt n'eût retenu à propos ce furieux , il m'aurait lâchement percé de son épée. Nos témoins se réunirent pour lui faire comprendre que le combat était terminé, et que , nous étant conduits en hommes d'honneur, il ne nous restait plus qu'à nous donner la main. C'est à quoi je consentis de meilleure grâce que mon adversaire, qui me tendit sa main sans me regarder, affligé sans doute de ne m'avoir pas tué, ce qui aurait probablement grossi à ses yeux la liste de ses exploits. Son témoin me fit l'honneur de m'embrasser en me disant que je m'étais conduit avec une générosité digne du temps de la chevalerie.

C'était M. Estève qui m'avait servi de témoin. Il porta aussi mes louanges aux nues en prenant le ton emphatique qui lui était naturel et en trouvant moyen de faire en même temps son propre éloge, chose qui ne manquait jamais d'arriver lorsqu'il faisait celui d'un autre. Il m'assura qu'il m'avojiait pour son disciple, et que la dernière fois qu'il s'était battu il avait eu les mêmes ménagements pour la vie de son ad-

4ia ALPHONSE DORIA.

versaire. Il ajouta qu'il avait eu cette affaire avec un rédacteur du Journal de Paris qui s'était avisé de faire la cour en même temps que lui à mademoiselle Flore dont ce journaliste citait sanscesse le nom dans ses feuilletons sur l'Opéra.

M. Estève me disait toutes ces choses pendant que le chirurgien que nous avions amené était occupé à me panser. Quand cela fut fait, nous montâmes en voiture. Mon ancien maître de peinture, dont le babil était intarissable, me raconta, que pour faire pièce à ses rivaux , il venait d'épouser mademoiselle Flore. Je ne pus réprimer l'expression de ma surprise, en apprenant son mariage avec une danseuse.

« Je vois , me dit-il, que vous n'approuvez pas cette union. Mais d'abord, la danse est au nombre des beaux-arts. Je n'ai pas besoin de vous rappeler l'importance qu'elle avait chez les anciens. J'ai lu quelque part que les Grecs la mettaient même au nombre des moyens de pousser les hommes à la vertu. Vous voyez que, chez eux, ils n'auraient rien vu que de très moral dans ma passion pour les pirouettes. Rien

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