LIVRE II [, CHAPITRE XVII. ^ig
travailler auprès de son frère à assurer le bonheur (le deux enfants qui, maintenant, lui étaient également chers.
« Je ne me dissimule pas les difficultés de cette négociation, ajouta-t-elle; votre grande jeunesse sera une objection à nous opposer; puis, vous savez quel est le faible de mon frère : bien qu'il ne porte jamais son titre de comte et qu'il ait la réputation d'aimer beaucoup la liberté et l'égalité, il s'était toujours promis de n'allier son noble sang qu'avec un sang noble; mais je me flatte que la tendresse qu'il a pour sa fille nous viendra en aide et nous fera gagner notre cause.
Pendant que madame de Longpré me tenait ce langage, j'avais la persuasion qu'elle s'était déjà assurée du consentement de son frère, mais je me conduisis comme si toute ma félicité dépendît de la démarche qu'elle allait faire.
Je ne cacherai pas au lecteur que le souvenir de Dagana se ranimait dans mon esprit avec une nouvelle vivacité. L'idée des obligations que j'avais eues envers la fille de M. Des-
prez, qui m'avait soustrait, avec tant de dévouement, aux poursuites exercées alors contre moi; l'image de son amour si vrai, si profond, si exalté, et surtout la mémoire des encouragements que j'avais trop souvent donnés à son attachement, et de la promesse que j'avais eu l'imprudence de signer au moment de son départ; tout cela me jetait dans une perplexité incroyable. Je me demandais en même temps si je ne devais pas faire connaître à la famille de M. de Lacy les relations que j'avais eues avec Dagana. Il me semblait que l'honneur et la loyauté exigeaient de moi un pareil aveu; mais on concevra l'extrême embarras que j'éprouvais à donner suite à cette dernière idée : comment entrer à cet égard dans les explications que nécessitait une confidence de cette nature? Fallait-il divulguer le goût criminel de Dagana pour la nécromancie ? Pouvais-je faire connaître la passion dont j'étais l'objet, et ne pas rencontrer l'incrédulité, en déclarant que ma liaison avec cette Mauresse était toujours restée pure. Une honte in-