‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 27 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

« Le coup de feu partit. Au bout de quelques minutes, Clarisse me crie avec l'accent de la joie: « J'entends du bruit; ce sont des pas d'hommes; on dirait qu'ils sont en grand nombre. »

Puis elle jeté un cri, que j'ai encore dans les oreilles au moment où je vous parle, et profère deux ou trois fois mon nom d'une voix plus faible, avec l'expression de la ffffts horrible angoisse. « Des hommes courent autour de la fosse où j'étais enseveli , en se parlant dans un langage que je reconnais être celui des Maures bracknas. Ils m'aperçoivent enfin; et à l'aide d'une corde qu'ils me tendent et dont ils avaient attaché l'extrémité à un pieu enfoncé dans la terre, je sors de mon sépulcre. Le premier objet qui frappe mes regards est ma femme étendue sans mouvement sur le gazon ; je m'élance vers elle, mais les barbares me retiennent, me fouillent malgré ma résistance, et s'emparent avec des hurlements de joie de cette somme que j'avais prise sur moi pour faire un remboursement.

5o ALPHONSE DORIA.

«L'idée que je passerais dans la ville pour m'étre enfui avec l'or qui m était confié , se présenta tout à coup à mon esprit; et en versant des pleurs de rage, je cherchais à faire comprendre aux Maures qu'ils devaient me rendre ma bourse, ou s'attendre à la vengeance des blancs. Mais tout fut inutile , les brigands firent plus, ils regardèrent ma femme et moi comme leurs prisonniers, la placèrent sur un brancard fait à la hâte, m'attachèrent les mains derrière le dos, et nous amenèrent ainsi, après une marche de près de deux heures, à un mauvais village dont toutes les maisons, bâties en terre, ressemblaient à autant de petites pyramides. Là, nous trouvâmes des chevaux. Ma femme était revenue à elle, on me permit de lui parler: je lui expliquai notre horrible situation; mais, douée d'un courage au-dessus de son sexe et de son âge, elle sut contenir ses pleurs, me montra le ciel et me révéla en ce moment l'ame forte qui habitait dans un corps si jeune , si délicat et orné de tant de grâces.

Page 1