‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 30 sur 232 · LIVRE I^CHAPITIIE V · texte numérisé non relu

LIVRE I^CHAPITIIE V

durant cette sainte époque; elle ajouta qu'elle ferait prendre soin de ma femme, et que pour moi j'aurais l'honneur de vivre auprès de sa personne dans une tente située à côté de la sienne. Exaspéré par cette réponse , j'osai frapper du pied et la menacer d'un geste furieux ; et je ne sais jusqu'où la colère et le désespoir m'auraient emporté si un nouveau roulement de tambour n'eût étouffé ma voix , et si , en même temps , le rideau n'était retombé pour me cacher le trône.

« Au lieu de me reconduire dans la tente où j'avais laissé ma femme , on me fit entrer dans une autre qui touchait presque à celle de la reine. Un esclave noir me dit en mauvais italien qu'il était attaché à mon service. Mais , livré tout entier à ma douleur , je me jetai sur une peau de lion qui devait me servir de couche, et je repoussai les aliments qu'on m'offrait.

«Je passai la plus cruelle nuit qu'on puisse imaginer. Les premiers rayons de l'aurore s'introduisaient à peine sous les toiles qui me servaient de prison , lorsque une porte , pratiquée dans un

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renfoncement de cette tente, vint à s'ouvrir : l'esclave parut , et me jeta ces paroles :

« Je précède la sultane , préparez-vous à la recevoir ! »

«J'étais assis, en ce moment, sur un tronc de palmier qui me servait de siège. Je ne fis pas un mouvement, tant j'étais absorbé dans ma douleur , et la sultane était à mes côtés que j'étais encore dans la même position. Elle me frappa légèrement sur l'épaule ; je me relevai, et après m'ètre incliné devant elle :

«Combien de temps, madame, lui dis-je , comptez-vous me tenir séparé de ma femme , et nous retenir prisonniers dans votre camp ? Il est impossible que vous trouviez votre plaisir dans les souffrances de deux malheureux étrangers qui ne vous ont jamais fait de mal. Rendez-nous la liberté, et je me chargerai de porter à M. le gouverneur du Sénégal les demandes que vous avez à lui faire; je tâcherai de l'amener à souscrire, si elles ne sont pas trop déraisonnables, aux nouvelles conditions que vous voulez mettre au com-

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