‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 32 sur 232 · LIVRE I, CAAPITRE V. 5q · texte numérisé non relu

LIVRE I, CAAPITRE V. 5q

savent composer efface la science du plus habile de nos magiciens. La pâleur de leur figure ne me déplaît pas : le lait dont la nature a fait notre plus délicieux breuvage, n'a-t-il pas la couleur de leur teint ? Sèche donc tes larmes : accorde-moi le plaisir de ton entretien , et apprécie l'honneur que fait, en ce moment, à un chrétien la sultane Laobé. »

« Je ne pus m'empêcher de la considérer avec plus d'attention. Elle était grande, bien faite , pleine de grâce et de majesté; la fleur de la jeunesse brillait sur son teint brun, dont un peu de honte redoublait en cet instant la fraîcheur ; ses yeux noirs brillaient comme deux étoiles dans le ciel d'Afrique. Un peintre aurait fait son étude de la forme admirable de son cou et de ses épaules. Elle n'avait pour tout vêtement qu'une tunique bleu de ciel, appelée chez les Maures tobé, laquelle, passant sous un de ses bras , était rattachée sur l'autre épaule avec une flèche d'or. Sa tête , à moitié couverte d'un capuchon qui faisait partie de la tunique , était encadrée par

6o ALPHONSE DORIA.

deux longues tresses de cheveux qui descendaient jusqu'à ses genoux.

«Vous souriez, Messieurs, et je lis dans vos pensées, mais je vous assure que bien qu'il m'eût été difficile de ne pas rendre justice à la beauté de l'Africaine , il me l'eût été bien plus d'avoir une seule pensée qui pût faire injure aux incomparables attraits de ma Clarisse et à l'éternel amour que je lui avais juré. Cela est si vrai que je revins sur ma première demande, et conjurai la reine, si elle ne voulait pas me réunir à ma femme, de me permettre au moins de la voir tous les jours , ne fût-ce qu'une heure en présence de témoins.

«La sultane fronça le sourcil, se mordit la lèvre de dépit et se leva pour se retirer. Le mouvement qu'elle fit détacha son capuchon, et découvrit entièrement l'une des plus belles chevelures que la nature ait jamais donnée pour voile et pour ornement à la tête d'une femme.

« Elle sortit avec la tête haute, d'un pas lent et majestueux; il ne lui manquait que d'avoir un

Page 1