LIVRE I, CMARITRE V. 6l
arc à la main pour ressembler aux Dianes chasseresses telles que les ont représentées les peintres et sculpteurs de l'antiquité.
« L'esclave qui me servait me témoigna la crainte que la sultane ne se vengeât sur ma femme du dédain avec lequel je repoussais la faveur dont elle daignait m'honorer. Cette idée qu'il m'exprimait sans ménagement m'enfonçait le poignard dans le cœur.
« Moctar, lui dis-je, si tu voulais avoir pitié de deux malheureux étrangers , tu en serais bien récompensé. La liberté et une petite fortune, voilà ce que je te promets si tu veux faciliter notre évasion et nous accompagner dans notre fuite. »
a A ces propositions, Moctar se coucha par terre en se bouchant les oreilles et en contrefaisant le mort. Je compris l'énergie de ce refus.
« Je ne vous fatiguerai pas, Messieurs, par d'inutiles longueurs. J'abrège donc la relation de ce qui se passa pendant les six mois que je passai dans le camp des Maures. Je me bornerai à vous dire que la reine, ne se laissant pasdécoura-
ger par mon premier accueil, me rendit de fréquentes visites et finit par m'entretenir ouvertement d'une passion qu'elle disait avoir conçue pour moi et que j'avais toujours feint de ne pas deviner. Cette déclaration m'avait jeté dans les plus horribles perplexités.
«Laobé avait déjà régné trois ans sur sa tribu; et la mort de son père l'avait appelée au commandement, dès l'âge de quinze ans. Son éducation n'avait pas été aussi négligée que l'est habituellement celle des femmes dans ces tribus nomades. Un vieil esclave, qui pendant un grand nombre d'années avait servi de guide aux voyageurs en Afrique, avait été son précepteur. C'était lui qui lui avait appris à parler l'italien ; elle savait en outre parler et écrire même l'arabe , il n'y a pas jusqu'à la musique qui ne fût entrée dans son éducation ; elle pinçait assez agréablement les cordes de cette harpe sauvage que connaissent les Maures et avec laquelle s'accompagnent chez eux leurs guchués, sorte de ménestrels ambulants. Cet instrument est formé d'une calebasse ronde recouverte d'une peau de