LIVRE I, CHAPITRE VI. fyj
ame pendant cette nuit brûlante : un profond
silenç^e régnait dans le camp des Maures : on
n'entendait , d'intervalle en intervalle , que le
sifflemefnt auvent sous les portes des tentes,
le piétinement des chevaux renfermés dans une
écurie voisine , le bêlement des troupeaux ou le
lointain rugissement de la hyène et du chacal.
Un rayon de la lune d'Afrique , blanc comme
le lait, tombait en ce moment sur mes yeux
mêmes, et je venais de me tourner vers la porte
par laquelle la reine pénétrait chez moi , lorsque
je vis le rideau s'agiter et se soulever ; je pensai
d'abord que c'était le vent j mais je fus bientôt
détrompé en voyant entrer une femme vêtue
comme Laobé : un long voile cachait son visage.
Elle s'avança vers moi, mit la main sur ma
bouche et me dit à voix basse : « Silence ! » Je
tressaiUis; ce n'était pas la voix de la reine,
mais une voix qui ressemblait beaucoup à celle
dont les sons avaient manqué si longtemps à
mon oreille avide de l'entendre. En se penchant
vers moi elle ôta son voile , et je reconnus
Clarisse.
L'étonnement , la joie, suspendaient presque la vie dans mon cœur ; la secousse avait arrêté le cours de mon sang ; un nuage s'épaississait sur mes yeux et j'étais sur le point de m'évanouir. Clarisse , ayant aperçu une outre qui contenait de l'eau , y trempa l'extrémité de ses jolis doigts et les promenant en toute hâte sur mon front et mes tempes , me conserva le sentiment qui allait m'abandonner.
«Ne parlons pas ici, me dit-elle aussitôt, couvre -toi de ce pagne, mets sur ta tète ce turban : où est l'autre porte ? je vais t'attend re. »
« Je pris sa main que je couvris de baisers en lui montrant la seconde issue ; elle sortit avec la légèreté d'une ombre. Pour moi , je revêtis l'habillement qu'elle venait de m'apporter , et je la rejoignis. Elle me pria de marcher derrière elle, jusqu'à ce que nous fussions sortis du camp. Nous passâmes devant quelques Maures qui , ne pouvant dormir à cause de la chaleur, se promenaient en fumant. Ma femme leur