‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 42 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE VI. y · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI. y

Ce court moment était le seul qui, depuis notre mariage, eût fait luire le bonheur à nos yeux : rapide éclair qui sillonnait les ténèbres de la mort ! Je me serais facilement oublié dans ce lieu redoutable. Mais Clarisse me rappela les dangers qui nous environnaient encore. Nous nous levâmes : au même instant elle poussa un cri, un lion énorme passait devant nous. La voix de ma compagne frappa l'oreille du terrible animal; il s'arrêta, tourna la tête de noîre côté, balayant la poudre du sol avec sa queue agitée. Je conjurai tout bas ma femme épouvantée de ne pas faire un mouvement. En même temps je la retins fortement par sa main que je tenais dans la mienne. Cette immobilité nous sauva; le lion s'éloigna. Nous le vîmes à quelque distance baisser sa tête jusque vers la terre et enfoncer sa gueule dans le sable : nous entendions le bruit de son haleine qui s'échappait avec force de ses nazeaux. Je remarquai ces sinistres présages avec une inquiétude dont je me gardai de faire part à ma femme. Je l'engageai à presser le pas.

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a La colline au sommet noirci nous paraissait, à mesure que nous marchions, plus éloignée que nous ne l'avions d'abord pensé. Le grand nombre de monticules qui composaient le paysage de sable étalé devant nous , avait trompé nos yeux. Je calculai non sans effroi que nous n'aurions pas atteint, avant une marche continue de deux heures, le pied de cette éminence dont nous nous étions si fort écartés en prenant une fausse route.

«Je voyais diminuer les forces de la malheureuse Clarisse ; son charmant visage était de plus en plus altéré par la fatigue; je prévoyais le moment où elle serait contrainte à s'arrêter. Aussi , malgré sa résistance, je la soulevai de terre , la forçai à se placer sur mes épaules auxquelles l'amour rendait une nouvelle vigueur, et, chargé de ce précieux fardeau, je me misa courir.

«Le vent commençait à s'élever ; il ne faisait d'abord entendre aucun bruit dans ces solitudes dépouillées de végétation. Cependant , le sable que son souffle, devenu insensiblement plus

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