LIVRE I, CHAPITRE VI. yg
fort, agita autour de nous, imita, en retombant, le murmure de la pluie. Le nuage de poudre était par moment si épais, que mes yeux ne pouvaient plus rien voir, ce qui ralentissait nécessairement ma course; à quelques mouvements involontaires que faisait ma compagne silencieuse, à la pression passagère que me faisaient sentir ses bras délicats, je devinais la terreur qui gagnait son cœur.
« Vois-tu ces ossements? » me dit-elle à voix basse.
« J'avais aperçu avant elle ces dépouilles humaines qui appartenaient sans doute à quelques malheureux surpris en ces lieux par la tempête. Feignant de n'avoir pas entendu , je lui dis : « Nous approchons : encore un peu de courage , et nous aurons atteint le pied de la colline . »
« Le silence du désert fut alors troublé par le cri monotone du casoar : rien n'était plus lugubre que cette plainte venue d'un être animé, mais invisible, dans cet espace aride et sans
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bornes. On eût dit que c'était l'oiseau de mort qui venait nous annoncer notre dernière heure. Sans être superstitieux, je sentis tout mon sang se glacer dans mes veines. Les genoux de Clarisse en contractèrent un tremblement qui achevait d'affaiblir mon courage. Je lui entendis prononcer d'une voix étouffée ces tristes mots : « O mon père ! c'en est donc fait, je ne te reverrai plus ? »
« Nous étions de nouveau dévorés par l'impitoyable soif. Ce tourment faisait jaillir de brûlantes larmes de mes paupières; j'ouvrais de temps en temps la bouche pour aspirer un peu d'air, et je ne faisais par là que facihter un passage au sable enflammé et impalpable qui s'attachait à mon palais et me laissait à peine assez d'haleine pour n'être pas suffoqué.
«Ce récit, Messieurs, semble vous émouvoir ; mais je ne suis pas encore au bout de la peinture de nos souffrances.
« Le vent soufflait avec une violence toujours croissante ; des collines de sable s'écroulaient au loin devant nous; le désert offrait l'image