‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 49 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE Vil. QI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Vil. QI

« Un jour elle m'avait fait transporter sous des ombrages parfumés , au milieu d'une admirable prairie ; des irrigations , ménagées avec art , entretenaient dans ce lieu une douce fraîcheur,- une infinité de plantes, peu élevées audessus du sol, traçaient en tout sens des festons de diverses couleurs : c'était le plus agréable coup d'œil qu'on puisse se figurer. Quatre nègres robustes m'avaient apporté dans un bosquet d'acacias et de palmiers , sur un brancard revêtu de la plus fine mousse. Laobé m'avait accompagné à cheval ; elle montait un superbe coursier arabe d'une blancheur éblouissante, et comme elle était enveloppée elle - même de la tête aux pieds d'un long pagne de la même couleur, j'avais trouvé beaucoup de plaisir au spectacle nouveau et piquant de toutes les caracoles que l'Amazone faisait faire avec une incomparable adresse à un cheval très fougueux.

« Aussitôt que ses esclaves m'eurent déposé dans ce lieu, elle leur confia son coursier et leur ordonna de se retirer. Alors le pagne qui l'en-

ga ALPHONSE DORIA.

veloppait tomba et elle m apparut dans un nouvel habillement. Des fleurs d'un bleu tendre qui ressemblaient à des pavots, se mêlaient avec grâce au jais mouvant de ses cheveux ; le plus habile coiffeur de Paris n'aurait pas mieux réussi à orner pour le bal la tête d'une beauté à la mode. Elle s'était plu à changer la forme de robe que portent les Mauresses; Tinstinct du goût, aiguisé par l'amour, lui avait fait deviner une forme de robe telle que je n'en ai jamais vue; il n'y avait rien qui blessât la décence, mais tout servait à faire briller d'une manière pittoresque la beauté de sa taille et le charme de ses mouvements.

a Vous riez, Messieurs, et vous moquez sans

doute de mon enthousiasme, mais je vous assure qu'à la voir effleurer si majestueusement le gazon , on l'aurait prise pour une danseuse de notre Opéra, parcourant la scène au son de la musique.

« Il lui prenait parfois des accès successifs de gaieté et de tristesse qui marquaient le dés-

Page 1