LIVRE I, CHAPITRE VII. g
ordre où la passion jetait son cœur. Elle interrompait brusquement un chant, une lecture ou un entretien commencé, se mettait à cueillir les fleurs naturelles qui croissaient autour de nous, les faisait pleuvoir sur ma tête ou en composait des guirlandes qu'elle essayait sur mon front; puis, après avoir ri aux éclats, comme un enfant, des malices qu'elle me faisait, au plus fort de sa gaieté elle s'arrêtait tout à coup, s'appuyait languissamment contre un arbre, penchait sa tête, soupirait en me regardant, et fondait en larmes.
« On conçoit l'incohérence qu'il devait y avoir dans les idées et les sentiments d'un être en qui l'imagination était mille fois plus développée que la raison; dont les facultés sans culture s'élançaient au-delà de la vie sauvage; qui éprouvait des ennuis pour les choses qu'elle connaissait , et de mystérieux penchants vers celles dont elle devinait l'existence, bien qu'elle ne pût s'en former une idée claire.
« Vous pressentez facilement le dénouement de tout cela. Comment je pus être infidèle à la
mémoire d'une femme que j'avais tant aimée , que je n'avais perdue que depuis un an et dont je pleure chaque jour la mort prématurée , c'est ce que vous m'épargnerez le triste soin de vous expliquer; la fragilité du cœur de l'homme, l'empire de la solitude , la contagion de la passion d'autrui , la vanité, l'ennui, un moment de faiblesse, en voilà plus qu'il n'en faut, sinon pour m'excuser, du moins pour faire comprendre ma chute , encore bien que mon cœur fut encore tout plein d'un trop cher souvenir.
« Cette jeune Mauresse qui habite chez moi et dont monsieur fait en ce moment le portrait ( en disant ces mots , M. Desprez me désignait), c'est la fille de Laobé et la mienne. Du reste, je l'ai reconnue et adoptée.
« Mais achevons cette histoire qui se termine, comme vous allez le voir , par une autre catastrophe non moins terrible et touchante que la première.
« Laobé ne se dissimulait pas les dangers auxquels l'exposait sa liaison avec moi. Elle n'avait mis dans sa confidence que ses esclaves les