LIVRE I, CHAPITRE VU. g'J
L'esclave nous y servit aussitôt les provisions dont nous avions eu soin de nous munir : il plaça sur un banc de pierre cette pâte de mil sec, qu'on nomme chez les Maures couscou , des dattes, des figues, de la gomme, et deux outres contenant, l'une du lait de jument, et l'autre de l'eau de puits.
« Laobé pressée par la soif but de l'eau dans une coupe d'or réservée à notre usage; mais en remettant cette coupe sur la table de pierre autour de laquelle nous étions assis :
« Ne buvez pas , de grâce , mon ami'; et ne touchez à rien de ce qui est devant vous. »
a Que voulez-vous dire? » lui demandai -je avec inquiétude.
« Elle pâlissait de plus en plus.
a Aux douleurs que j'éprouve déjà, poursuivit Laobé, je ne saurais plus en douter : l'eau est empoisonnée. »
« Je poussai un cri, et m'élançai hors la grotte pour chercher notre esclave; mais il avait disparu. Son absence ne fit que redoubler mes alarmes. L'état dans lequel je retrouvai Laobé, I- 7
me confirma qu'elle ne s'était pas trompée. Son teint perdait à chaque minute quelques-unes des teintes de la vie; la douleur contractait son visage ; la flamme de ses yeux s'obscurcissait.
« Pour combler l'horreur de notre situation, la crainte que l'on n'eût mêlé aussi du poison au lait contenu dans la seconde outre m'empêchait de m'en servir comme moyen de salut
« Laobé , remarquant mon agitation , me dit
avec douceur :
« Je connais le poison dont ils se sont servis : c'est celui que nous employons pour rendre mortelles les blessures que font nos flèches. Les séditieux qui en voulaient à ma vie, poussés par le zèle fanatique des marabouts , auront donné cette fatale commission à l'esclave dans lequel je plaçais ma confiance depuis tant d'années. J'ai la consolation, en mourant, de mourir seule: mon époux et mon enfant me survivront. J'espérais satisfaire, avant de perdre la lumière du soleil , ce besoin secret qui a toujours dévoré mon ame, celui de connaître un