‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 54 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE Vil. lOl · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Vil. lOl

trez que je me me trouvais dans le plus affreux embarras , j'ignorais les formules dont se sert l'Eglise pour imprimer le sceau de la foi sur le front d'un néophite. Tout ce que je savais, c'est qu'on ne devient chrétien que par le baptême. Mais j'étais incertain si l'eau empoisonnée qui était la seule que j'eusse à ma disposition pût servir à le conférer.

« Laobé , les mains jointes , pressant fortement le signe de notre foi sur son cœur , le visage déjà couvert des nuages du trépas , répétait avec l'accent le plus suppliant :

ce Rends-moi chrétienne !... Je ne veux pas être séparée de toi... Je crois dans une religion qui nous réunira... Mon sang se glace dans mes veines... par pitié, rends-moi chrétienne! »

« Alors, ayant tiré de ses lèvres une adhésion à la divinité du Christ , je pris la coupe d'or dans laquelle restaient encore quelques gouttes de poison, et l'inclinant sur sa tète, je prononçai, non sans une profonde émotion , ces mots solennels: «Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! »

« Je VOUS assure, Messieurs, que c'était une scène bien digne d'exciter la pitié dans le cœur le plus insensible et d'éveiller la religion dans l'ame la plus incrédule, que la scène qui se passait en ce moment dans cette grotte isolée sur la côte d'Afrique.

« Une caverne taillée par la nature dans le roc, lambrissée d'énormes pointes de rochers, qui semblaient prêtes à s'écrouler; des guirlandes de verdure et de fleurs suspendues devant l'entrée, et faisant jouer, au gré de leurs mouvements, l'ombre et la lumière dans l'intérieur de cette fraîche et paisible retraite; trois chevaux arabes attachés à un piquet planté dans le sol, levant la tète et arrachant avec leurs dents les feuilles pendantes sous la voûte , ou impatientés par les moustiques , labourant violemment la terre ; un enfant enveloppé de langes, étendu sur un banc de pierre; une femme , dont les cheveux noirs en désordre agités par le vent du dehors, tantôt voilaient sa figure pâle, tantôt retombaient en arrière sur son pagne blanc ; la teinte de sa peau an-

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