‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 55 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE VII, io · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VII, io

noilçant une fille de la terre de feu ; ses yeux jetant vers le ciel leur dernière étincelle; ses lèvres entr'ouvertes par le sourire d'une éternelle espérance et autour desquelles étaient semées les violettes de la mort; ses mains serrant le gage du salut des chrétiens, son corps à demi renversé et couvert de voiles dont la forme et la couleur ressemblaient déjà à un linceul ; et moi debout, épanchant sur sa tête cette coupe dans laquelle elle avait bu la mort et qui servait à lui donner l'éternelle vie ; voilà , Messieurs , les images que présentait la grotte où nous nous étions arrêtés.

« Au moment où Laobé rendit le dernier soupir, un assez grand bruit se fit entendre au dehors; je ne doutai pas que les Maures n'eussent envoyé à notre poursuite ; je me préparai sans effroi ni regret à mourir à mon tour. Cependant un scrupule religieux me porta à détacher du cou glacé de Laobé ce crucifix d'ivoire, souvenir de l'infortunée Clarisse , et à le cacher dans mon sein.

« Mais quel fut mon étonnement lorsque sept

à huit hommes armés de fusils ayant pénétré dans la grotte, je reconnus l'uniforme français. Eux, qui venaient y goûter un peu de fraîcheur, ne furent pas moins surpris en y trouvant les restes inanimés d'une Mauresse, un enfant mulâtre entouré de langes, étendant ses petits bras, et poussant des cris plaintifs, et un blanc vêtu à l'africaine.

« On appela le commandant du détachement: je lui racontai toute mon histoire; mais comme le fait de m'avoir trouvé près d'une femme sans vie lui imposait des devoirs de police, il m'annonça qu'il était obligé de me faire conduire sous escorte à Saint-Louis.

« Cependant il dressa procès-verbal , tant de mon récit que des circonstances de notre rencontre, me promit de faire rendre les derniers devoirs à la sultane Laobé, et fit monter sur l'un des trois chevaux trouvés dans la grotte un sous-officier chargé de m'accompagner , tandis que moi , prenant ma fille entre mes bras , je montai sur un autre. Quatre soldats nous suivaient à pied.

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