‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 59 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE Vlll. III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Vlll. III

l'exposition des tableaux au Louvre. J'avais vu M. Estève lui-même tourner souvent les yeux vers sa pendule, comme si le mouvement de la langue de M. Desprez lui parût mesuré par un trop grand nombre de tours de l'aiguille sur le cadran.

Aussi la joie fut-elle générale au dernier mot de la narration de M. Desprez, et chacun reprilil avec transport la liberté de parler, de rire , et de se mouvoir; ce qui se manifesta surtout à la vivacité grotesque des remerciements que ces jeunes fous vinrent faire à l'envi au père de Uagana , qui avait pris la peine de leur confier le secret de sa vie , et à qui cette complaisance coûtait en ce moment un accès de toux opiniâtre. Il y en eut un qui poussa l'impertinence jusqu'à lui dire que son récit lui avait paru si court qu'il ne s'était pas aperçu qu'une partie de la soirée s'était écoulée en l'écoutant ; le mauvais plaisant disait vrai : il avait dormi durant tout le récit.

J'étais sans doute parmi les auditeurs de M. Desprez celui que ses aventures avaient le

ira ALPHONSE rORIA.

plus sincèrement attaché. Le lecteur n'a pas oublié les observations que j'avais faites sur les favorables dispositions dcDaganaà mon égard. J'avais donc prêté l'oreille avec un vif intérêt , à la relation des circonstances qui avaient accompagné sa naissance.

Au moment où M. Desprez, prêt à se retirer, saluait mon maître, celui-ci lui demanda s'il était content du portrait que je faisais de sa fille.

« Très satisfait , répondit-il ; seulement je recommande à votre jeune élève de soigner l'expression, et au lieu de faire sourire Dagana, de lui conserver son air fier et indépendant, car entre nous, ajouta-t-il en baissant la voix, ce ne sont pas les hommages qui la tentent, et jusqu'à présent son cœur est resté insensible. »

Je promis de me conformer à cet avis , tout en contestant sa justesse en moi-même , et en éprouvant un secret chatouillement d'amour-propre par l'idée que les agréments de ma personne avaient apprivoisé un courage si farouche.

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