‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 63 sur 232 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Alphonse est placé chez M. le comte du Loiret, sénateur de l'empire, en qualité de secrétaire. Récit de ce qui lui arrive sous les fenêtres de Danaga , en se rendant à l'hôtel du sénateur.

Mon père me proposa un matin d'entrer comme secrétaire chez M. le comte du Loiret, sénateur de l'empire. On m'y offrait, me dit-il, la table, le logement et i,5oo fr. d'appointements. Mon occupation consisterait à mettre au net les discours de M. du Loiret, à écrire sous sa dictée, à donner de temps en temps quelques leçons de grammaire et d'écriture à son petit-fils âgé de onze ans, et à laire de loin à loin la lecture à madame la comtesse, les jours où elle n'irait pas dans le monde.

Je hasardai quelques objections tirées de l'esclavage auquel j'allais être condamné, et surtout de la multiplicité des emplois réunis d'une manière inusitée à mes fonctions de secrétaire. Mon père se mit d'abord à rire et me montra le chemin où j'allais entrer comme pouvant me mener à la fortune.

« Si tu sais, me dit-il , te concilier les bonnes grâces d'un sénateur qui est lui-même dans celles de l'empereur, ton affaire est certaine. »

Comme j'insistais en tâchant d'écarter de ma tête le joug qui effarouchait si fort mon esprit d'indépendance, il changea de ton, me signifia que c'était sa volonté formelle que j'entrasse chez le comte du Loiret , que tout était déjà convenu entre eux, et que j'aurais à me rendre le lendemain, à sept heures du matin, rue de l'Université , à son hôtel.

Il est une vertu que je me permettrai ici de m'attribuer parce qu'il ne m'a fallu aucun effort pour l'acquérir, et qu'elle est peut-être en moi l'ouvrage du tempérament : c'est ma prompte soumission à la nécessité. Je me ré-

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