LIVRE II, CHAPITRE II
heure dans la contention de toutes mes facultés, je renonçai à chercher la clé de ces hiéroglyphes.
Mes regards tombèrent sur une bibliothèque placée à la portée de ma main. En écartant quelques livres , j'en découvris un caché derrière tous les autres, sur le dos duquel étaient tracés d'une écriture que je reconnus pour être celle de M. du Loiret, ces mots : Discours prononcés à la Com>ention et aux Jacobins. J'eus la curiosité de l'ouvrir. Un coup d'œil jeté sur le titre m'apprit que l'auteur de ces harangues révolutionnaires était M. le comte lui-même qui, sous un autre nom beaucoup moins aristocratique, avait été député à la convention nationale. Mais quel ne fut pas mon étonnement lorsque, parcourant quelques-uns des discours contenus dans cette collection , les idées et le langage de l'orateur m'apprirent qu'il avait été l'un des démagogues les plus fougueux et les plus sanguinaires de 1 793 ! Il paraissait avoir été dans ce qu'on appelait le parti de la Montagne , avait contribué à faire mettre Louis XVI en accusation en par- I- 9
l3o ALPHONSE DORIA.
lant contre le dogme de l'inviolabilité royale et en soutenant que le roi devait être jugé, non en citoyen, mais en ennemi, et qu'on avait moins à instruire son procès qu'à punir ses complots. Il avait par conséquent voté pour la mort de Louis XVI, plus tard pour la proscription des Girondins, ensuite pour la fameuse loi des suspects, pour la substitution du culte de la Raison au culte catholique, etc., etc.
Cette découverte ne me disposait pas à concevoir beaucoup d'estime pour M. le comte du Loiret , devenu sénateur de l'empire , grand officier de la légion-d'honneur, panégyriste servile de la monarchie impériale. Un petit paquet de discours imprimés que je trouvai également dans sa bibliothèque m'apprirent, en outre, qu'il avait été l'un des orateurs mis en avant dans le sénat en 1802 par le premier consul, pour le nommer d'abord consul pour dix ans, puis, deux mois après, consul à vie, et en 1 8o4 empereur héréditaire.
Je ne connaissais pas encore le monde : cet exemple de la versatihtë humaine m'indigna.