CHAPITRE m
Singulière conversation que notre héros entend sans le vouloir.
Cependant la pendule venant à sonner me fit souvenir de la tâche qui m'était confiée : il y avait deux heures que M. le comtes'était retiré, et je n'avais pas encore transcrit un seul mot de son discours.
Je résolus enfin de le chercher. Je sortis du cabinet par la même porte que lui, et je me trouvai dans un immense salon orné de portraits et de bustes de l'empereur, représenté depuis l'époque où il avait été élu général en chef, jusqu'à celle de son sacre. La seconde porte de ce salon étant ouverte, je passai dans la pièce suivante : c'était un boudoir de femme, tendu en soie rose, décoré avec le goût le plus recherché, imprégné d'un air parfumé qui trahissait le sanctuaire de quelque déesse de la mode. Déconcerté de ne trouver personne, j'entrai d'un pas plus timide dans un corridor assez obscur. En ce
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moment j'entendis quelqu'un fermant à double tour derrière moi la porte du boudoir que je venais de quitter, je trouvai également fermée l'issue du passage dans lequel je m'étais engagé; je revins sur mes pas, mais entendant deux personnes parler à demi-voix avec une expression assez animée , une fausse honte me saisit et je restai immobile à côté de la porte entr'ouverte. De là je recueillis sans le vouloir ce lambeau de conversation entre deux femmes que je ne pouvais pas voir, mais que je supposai assises sur un canapé placé à gauche de la place que j'occupais :
« Mais, ma chère, avec tout cela, ton mari ne m'envoie pas ce qu'il m'avait promis. Tous les compliments que tu m'apportes de sa part me font grand plaisir; mais il me faut quelque chose de plus réel , s'il veut que je continue à servir l'empereur. »
« Oublies-tu qu'il n'y a pas plus de trois mois, j'ai posé ici dans ton petit sac de soie broché en argent que tu avais laissé par mégarde sur cette