CHAPITRE V
De ses diverses occupations et de l'entretien qu'il eut avec la comtesse du Loiret.
Un domestique amena dans le cabinet l'écolier dont la visite m'était annoncée. Il était louche , ses sourcils très rapprochés annonçaient l'entêtement, ses cheveux mal peignés pendaient en désordre. Il venait de jouer avec un gros chien de basse-cour , un pan de son habit était resté sur le champ de bataille , les pattes crottées de l'animal avaient laissé des traces sur son pantalon de nankin ; et l'odeur qui s'exhalait de ses vêtements me fit présumer qu'il s'était roulé avec son compagnon de plaisir sur quelque tas de fumier. C'e'tait un aimable et ragoûtant disciple.
Il écouta de l'air le plus disgracieux du monde les explications que je lui donnai. Le plaisir que j'éprouvais à lui servir de maître était au moins égal à celui qu'il sentait sous ma férule. Je me hâtai de le congédier, il s'en alla la figure toute balafrée de raies d'encre, et fit tomber par malice, en se retirant du salon, deux ou trois sièges et entre autres le fauteuil à dossier d'acajou et à fond de maroquin vert dont se servait son grand-père et dont il brisa l'un des pieds.
On vint me^chercher de la part de madame la comtesse du Loiret , qui désirait que je lui fisse la lecture dans ce même boudoir où avait eu lieu la conversation que j'avais entendue quelques heures auparavant. J'y trouvai une dame étendue sur un lit de repos avec deux ou trois coussins derrière elle, ce qui lui permettait de rester sur son séant; un cachemire était jeté sur ses pieds; elle était vêtue de blanc et coiffée d'un bonnet de dentelle; l'expression de son visage annonçait une extrême vivacité ; son œil noir semblait vouloir percer tous les