LIVRE n, CHAPITRE V. I^S
plis et replis de votre cœur; une] vive couleur, œuvre de l'art, animait ses joues.
Au premier mot qu'elle m'adressa je reconnus sa voix. Un léger frisson courut dans mes veines pendant que je me souvenais des honorables services que madame la comtesse rendait au gouvernement impérial. Elle m'adressa des questions sur mon âge, mon éducation , ma famille, les tableaux de mon père, et sur ce que j'avais fait avant d'entrer chez son mari. Toutes ces questions s'enchaînaient si adroitement les unes aux autres qu'elles ressemblaient à un interrogatoire fait dans un bureau de police.
La brièveté de mes réponses lui fit sentir que j'étais en état de me défendre et de me taire. Cependant quelques mots que , dans mon inexpérience, je laissai échapper sur le bonheur que j'aurais trouvé à vivre dans une des républiques de l'antiquité, lui firent froncer le sourcil; par l'éclair scrutateur de son regard, je devinai à Tinstant que j'avais fait une faute. Elle changea elle-même de sujet et me de-
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manda quelques explications sur le retard que j'avais mis , le matin , à faire le travail dont le comte m'avait chargé, et sur la manière dont une minute de son mari avait pu être transportée dans le corridor contigu à son boudoir.
Lorsque ma réponse l'eut convaincue que c'était moi-même qui avais pénétré dans cet endroit, la prunelle de ses yeux devint plus mobile : elle me demanda d'un ton qu'elle essayait de rendre négligé , par quel chemin j'étais rentré dans le cabinet de M. le comte. La chaleur que Je sentais à mes joues m'avertit que je rougissais. Je répondis que je ne me rappelais pas bien exactement par quelles chambres j'avais passé.
« Veuillez me faire un peu de lecture! » C'est par ces mots qu'elle mit fin à la conversation , non sans s'être pincé les lèvres et m'avoir fait une mine dans laquelle je crus lire le soupçon et la menace. J'étais si troublé que je voyais à peine les mots tracés dans le livre que