LIVRE II, CriARITRE VII
qu'ils étaient tous tombés au pouvoir de l'ennemi.
a Non-seulement nous nous trouvâmes exposés à ce double feu , mais bientôt d'innombrables guérillas débouchèrent de toutes parts des flancs du Guadarama. Chaque buisson, chaque escarpement , chaque étage de la montagne vomissait de nouveaux assaillants. Nous nous vîmes cernés de tous côtés, et, après avoir inutilement tenté de nous frayer un passage sous le feu de l'artillerie, je reconnus en frémissant de rage qu'il ne nous restait plus qu'à nous rendre ou à mourir.
« Le devoir m'ordonnait de ne pas prodiguer en pure perte le sang de mes braves soldats. Je brisai mon épée, je fis cesser mon feu, et comprendre aux Espagnols postés dans le fort mon intention de mettre bas les armes. Un détachement sortit de la Venta de San-Raphaël. Que devins-je en reconnnaissant dans la personne de son commandant , Trillo , le fiancé de Thé-
l68 ALPHONSK CORIA.
résa. Il m'arracha le tronçon de mon épée avec une joie féroce.
« Il n'y a pas long-temps, colonel , que nous nous sommes vus, » me dit-il en me jetant un regard où se peignait îa satisfaction de la haine qui voit approcher l'heure de la vengeance.
« Je lui répondis à mon tour par un coup d'œil qui lui disait que je connaissais la destinée qui m'attendait , mais qu'il n'était pas en son pouvoir de me la faire craindre.
« Trillo, après avoir partagé ma troupe en plusieurs bandes et fait autant de parts de prisonniers qu'il y avait de corps de guérillas, ne voulut garder que moi seul pour son partage. Il prit une centaine d'hommes avec lui, et me conduisit dans un endroit sauvage situé sur le revers du Guadarama. Quatre hommes firent un trou dans le sol. Plusieurs autres m'attachèrent les mains et me portèrent dans l'excavation qui venait d'être formée : c'était mon lit funéraire ; ce n'était pas à moi qu'on appliquait pour la première fois cette atroce invention. Déjà plusieurs officiers français avaient été trouvés en-