LIVRE II, CHAPITRE Vil. i^l
« Enfin l'horrible cérémonie eut son terme , tout le monde se retira à l'exception de deux soldats placés en faction auprès de moi. Trillo, avant de quitter la scène, me jeta ces paroles de manière à n'être entendu que de moi :
« J'ai apaisé l'ombre de Thérèsa. »
« Le soleil se couchait derrière la cime du bois Guadarama;les chants de villageois montaient de la vallée jusqu'à mes oreilles; des odeurs agréables m'arrivaient portées par une brise qui avait passé sur les plantes. Je ne sais pourquoi les sensations que j'éprouvais en ce moment, vinrent plus aisément à bout de mon courage que les apprêts de mon supplice ; des souvenirs d'enfance se pressaient dans mon imagination ; je songeai à quelques moments d'éclat qui avaient déjà marqué ma carrière militaire, à la gloire et à l'avancement qui m'eussent été réservés ; et des larmes , oui , je l'avoue sans honte, des larmes causées par le regret de la vie coulèrent de mes yeux.
«Dans ce moment, j'aperçus un troisième soldat qui s'entretenait avec mes deux faction-
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naires ; je le vis tirer d'un panier qu'il avait apporté, deux bouteilles ; quelque temps après il s'éloigna. Ceux-ci me parurent être dans un état complet d'ivresse. La nuit tombait et le silence qu'elle amenait ne fut plus troublé autour de moi que par les ronflements de mes deux gaillards , qui faisaient en ce genre un magnifique duo.
« Le troisième soldat qui leur avait apporté le liquide enivrant dont ils célébraient si bien les louanges à leur insu, reparut en marchant à pas discrets ; il s'assura que mes deux gardiens étaient profondément endormis , puis donna un petit coup de sifflet. Une femme parut et s'avança vers moi: « Ne craignez rien , me dit-elle , nous venons vous délivrer. »
«Son compagnon prit un bêche cachée dans un tas de bruyère, se mit à l'ouvrage, et en moins d'un quart d'heure me retira de mon affreux cercueil.
«Nous redescendîmes la montagne du côté opposé à celui par lequel j'avais été conduit au