‹ Aventures d'un jeune françaisChapitre 14 sur 24 · BATTONS LE FER CHAUD · texte numérisé non relu

BATTONS LE FER CHAUD

Saprîèrc;otM.Dalbois, qui ne savait gucrcs y résister, se rangea de l'avis de sa femme sans autre hésitation.

Il fut donc réglé que le voyage en Pologne n'aurait lieu qu'après la iioce, vers la fin du second mois du mariage, et que la jeune épouse viendrait demeurer chez sa nouvcHo mère pendant cette absence.

Restait maintenant à décider l'époque de l'union : de tous k»

côtés on la voulait prochaine. M."" Dalhois, qui le désirait plus que personne, demanda , j^ar délicatesse pour M.'"* Adélaïde , qu'on ne fixât ce point qu'après qu'elle aurait vu la chère future, à qui il convenait d'en dcfiTcr la décision; mais comme clic Souhaitait par-dessus

tout d'assiuet le prompt beiiheur <le son fils, elle pria M. de Latour de préparer sa fille à la \'isite qu'elle se proposait de lui faire dès le lendemain.

• tt Je suis pressée, dit-elle, de 5) serrer cette chère enfant dans nieS ;>i bras; c'est par ma tendre amitié, y) par mes caresses maternelles, » que Je veux déterminer son cœur V timide à né pas reculer trop loift » le jour de la célébration. M'ac** 3) cordez -vous le droit d'uset de » tous mes argumens, cher voisin?

» €*est un trésor que je vous ravis, » je le sais; mais comme notre plan, -» si vous l'approuvez, est qire nous » vivions toujours le plus près pos- » sible de votre famille, vous en 3) jouirez autant que nous, w

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M. dcLatoiir, scnsiblcmcnWouclié d'un empressement qui ^irouvait tant d'estime et de Iraiichisc, y répoudit comme on le croit Lien; il promit que sa fdlc serait conrcnablement prépare^e.

u Tout n'est pas fini, dit alors M l'abbé; comme nous ne voulons V point de trouble -fêtes, et qu*ua w seul visage chagrin ferait un conîj traste choquant auprès de figures 1) épanouies de bonheur, il faut D songer à écarter adroitement ccrî) laine personne qui , sans puisw sancc pour rompre nos mesures , yi nous attristerait tout au moins. ^

« Ah! je vous comprends, reprit î) en riant M.™' Dalbois; c'est de la "» tante, c'c»st do M."'" de SainvanuQ

1^8 CHAPITRE Xf.

îî qu'il s'agit. =Oui, répliqua labbc ; y> nous pouvons parler ici à cœur » ouvert, il n'y a personne de trop; » et M. de Latour, quoique son » frère, ne m'en voudra pas. Il est » temps de l'instruire des prctcn- » tions folles de cette sœur, et des » mesures que nous devons prendre » pour empêcher qu'elle ne nous y> rompe en visière; non que j'aie » le courage de lui en vouloir, car y> assurément l'objet en vaut la peine » et justifie ses désirs; mais la saine » raison doit en ordonner autre- » ment, et je crois avoir en main » le plus heureux moyen de la » dédommager de la perte de ses » espérances. »

«Je crois y être à peu près, dit

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^ M. de Latour; je me suis très- » bien aperçu de la prédilection M marquée de la pauvre Saiiivannc >> pour l'aimable Auguste, et je le » lui pardonnais bien; mais je ne » sais ce que vous entendez par ses » espérances, m

Alors on lui expliqua tout ce qui était arrivé entre elle et le jeune homme, et on lui fit lire la lettre du fils Dalbois , qui était restée dans les mains du chanoine; il ne revenait point de sa surprise. « C'est de w la folie, dit-il, mais je vote pour n l'indulgence; et je prie mon chec » parent de nous donner connais- » sance du moyen qu'il présume » avoir de la dédommager. Eu » attendant, comme M."' DalboU

ï8o GHAPITHE XV.

« me flatte de Thonneur de venir w demain chez: moi, dans la Tue w de prévenir Adélaïde, j'anrai sditi 53 d'écarter la tante, pour qu'elle 1) ne nous fasse pa^ de scène; J^aî fy une commission agréable à lui n donner, qui la tiendra dehors une ï) grande partie de la journée. ^i

« Et nVoi» répartit l'ab'bé en » riant , je lui en réserve une autre 5) qui l'occupera deux ou trois ans, » si ce n'est plus, à cent lieues d*ici*, » et très-utilement pour elle. Tout yy s'arrangera pour le mieux, cou- » tinua-t-il ; nos jeunes gens seront V heureux, et leurs chers parens ^y ne le seront pas moins. Je vous î) remets à après-demain pour vous » mettre au fait du plan dont je me » crois sûr. »

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Là-dessus, la petite société, après avoir pris le café et s'être donné mutuellement des marques d'eslimc et d'amitié, se sépara. M. de Lalour conduisit le chanoine jusqu'à sa porte, et revint chez lui le cœur enivré de joie. Sa fille était sortie avec les enfans; il ordonna qu'on la fit monter dans son cabinet aussitôt son retour, et il prépara d'avance l'agréable discours quil Avait 4 lui tenir.

l82 CHAPITRE XVI.

OH ! l'horrible bête.

\je serait, certes, un bien grand plaisir pour nous, et plus encore peut-être pour ceux qui nous lisent, de n'avoir à nous occuper que de gens heureux, et de présenter constamment des tableaux agréables, tels que pourraient l'offrir l'entretien de M. de Lalour avec sa fille, la visite de M."' Dalbois , et la satisfaction qui en résulta pour les deux familles; mais certains maintenant, à peu

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près du moins, crainte de mécompte, du succès de leurs désirs, nous pouvons quitter pour quelque temps nos deux aimables jeunes gens, et revenir à notre cher voyageur Julien , qui, malgré les bontés toujours soutenues de son capitaine M. Bertaud, n'en a pas moins parfois à lutter, non sans danger, contre les vents, la mer et ses orages, aussi bien que contre la jalousie secrète de quelques-uns de sescompagnons.

Avant d'entrer dans les détails pénibles que nécessiteront les événemens qui attendent cet intéressant ^eune homme, nous ne devons pas oublier que le calme, le bonheur et la tranquillité domestique ne sont

î84 CH.iPITRE XVI.

rien fiQoins qu'assurés désorrriaiîî clans la belle patrie dont Julien s'éloigne» Nous ne pouvons dissimuler que les partis qui divisent l'intérieur de la France paraissent js'irriter de plus en plus; qu'il en doit résulter incessa rament des secousses imprévues, des déplacemens funestes dans toutes les classes de la société; et que nous ne pouvons rien affirmer encore de positif sur l'établissement projeté du jeune Dalbois avec la charmante Adélaïde de Latour.

Les troubles de 1789 commencent; une foule d'émigrans, poussés par divers motifs, dont quelques^ uns ne sont pas purs , abandonnent leurs foyers; un bouleverseuîent

général s'annonce. Nos aima!)les jeunes gens tremblent, s'épouvantent, et leurs parens encore plus sur ce qu'ils peuvent devenir.

Le fracas des révolutions ne convient point aux âmes douces, ni aux cœurs amoureux.... Mais n'anticipons point sur la possibilité de tant de désastres. Attendons les coups du sort; et puisque sur terre française on est près d'éprouver les plus cruelles agitations, allons voir ce qui se passe sur l'océan , ou nous appelle un être non moins cher pour nous, que la jolie sœur do Julienw

Le IxMiment la lit lie Sophie avait quitté le port du ILivre vers le commencenrrent de Septembre ; il To:tt. u. i^ . .

n&6 CHAPITRE XVr.

avait franchi sans accident les paa^ages souvent dangereux de l'emtouclinre de la Manche. Un vent favorable accélérait sa marche. Déjà 51 avait dépassé la hauteur des îles Canaries, et se dirigeait gaîment vers la partie orientale du golfe du JVIexiquc, pour atteindre le Brésil.

L'équipage nombreux, bien nourri, plein d'espérance et de joie, n'ayant 4^u'une manœuvre facile à maintenir, se flattait d'arriver à sa desti- Dat'on au plus tard vers la fin d'Octobre.

Julien , constamment occupé chez le capitaine, de qui il avait été pris en grande affection, se trouvait parfaitement heureux; il acqtiéraît des connaissances théoriques de

l'horrible BÈTE. 187

Tari marilinio : la praliquo, jusqu'à ce monirnl, u'ôlail qu'un amusejîienl pour lui. Kufin, tout semblait fa\oriî«er sou tiitrcprisc et ses vues, en même temps que son goût.

Le t«Mnps s'était maintenu trèsbeau depuis leur départ. Un jour qu'il avait fait fort chaud jusques vers les quatre heures après midi, on aperçut à l'occident quelques nuages d'une couleur violatre, qui peu à peu s'amoncelaient, semblaient statio'-naires, et formèrent enfin un rideau noir immense dans tout l'ouest de l'horizon. Une brise légère d'abord , mais continue, soulevait peu à peu les vagues, dont l'aspect écumcux et blanchâtre présageait une prochaine tourmente.

l8$ CHAPITRE XVr.

Le capitaine Bcrtau^ , son ^îeut ccrivain Micoud, e^t le pilote luiniérae, quoique faits depuis longues années à la mer, regardaient ave<; quelque inquiétude l'état du ciel à ce moment du dé<:lin du jour, ïout l'équipage gardait le silfcnce et attendait ks ordres, chacun à son poste. Julien, pour qui cette Sittkitlon était toute nouvelle, se teiaait prêt à obéir au moindre sigTie, Iceil fixé sur son capitaine.

Une chose toujours étonnante pour ceux qui s'y trouvent pour la première fois , attira son attention ; c'était la fotileétrawge de gros poissons et de monstres maWns de toutes dimensions et de toutes formes qui se montraient , par sauts et par

l'iiorricle titTî:. 189

l)ancls, sur la surface 4e tonde. O n'est ordinnhxmcnt que dans les moracns d'orage que l'on aperçoit ces voraees habitans de la itier.

L'équipag^c $'en serait anuisé sans l'annonce imminente du danger"; déjà le roulement du tonnerre se faisait entendre; le \cnt augmentait avec violeuce; on aballit les voiles, on ferma les écoulilk^, et l'^n se lint prêt â tout événement.

A la Incnr des éclairs on aperçut; à peu de distance du vaisseau, un objet cliVayant, qu'a peine les plus hardis osaient envisager. L ne hydre ou serpent, d'une grosseur énorme^ s'élevait au-dessus des flots à une hauteur de plus de Vingt pieds.

Ce monstre épouvanlabje, cl d'un

IQP CHÀPITHÈ XVr.

Tolume immense, dont le corps tortueux sillonnait Tonde à grand bruil, présentait une tête effroyable à gueule héanle, garnie de liois ran£-ées de dents; deax gros yeux couleur de sang, fixés sur le bâtiment, semblaient attendre une proie, que tous ses mouvemens paraissaient vouloir attaquer. 11 suivait avec audace le navire ; il s'en approchait de plus en plus : les autres poissons avaient disj arii.

Tout l'équipage effrayé s'arma de fusils, d'espingoles, de hathes, et tenta d'abord de faire fuir Thorrible bête en jetant de cruids cris qui attirèrent un mon)enl son attention ^ mais sans la détourner. ,

M« Beitaud, dans ses différons

l'horrible bIte. 191

VOJMgcs, nolatnnicDt au cap do Bonne -Espérance, où il dvoit dû relâcher quelque temps, avait été témoin de l'arrivée de deux bâtiniens hollandais, assaillis en pleine mer par un monstre marin, d'une forme inconnue, qu'ils avaient eu le bonheur de tuer et de prendre après une longue définse; ils en rapportaient au cap d< s débris énormes et des morceaux de quinze à \inpt pieris tic longueur. Il y a peu (!'f \« niph sde (elles rencontres; mais enfin il en existe, et nul ne sait jusqu'à quel point l'immense océan peut contenir dans son sein et nourrir de monstres dont les apparitions, il e^t vrai, sont très-rares.

Le capitaine ne fut donc point

iga CHAPITRE ±V{,

trop étonné, ni trouWé <le Vasptîcf de celui-ci, et se prépara à l'attaquer , si tautefôis l'orage affreux qui bouleversait son vaisseau lui en laissait les moyens et le te«Vps.

Julien, à la première \ue, a^aif frémi de tous ses membres. Une frayeur bien pardonnable lui avait d'abord fait chercher un refuse près du capitaine; mais quand il vit celui-ci garder son sang-froid, et ordonner fermement à l'équipage de faire feu, par moitié à la fois, il saisit Un fusil et ajusta le monstre avec les autres.

Cette décharge, dont une partie avait porté juste, fit replonger ranimai; on put suivre un instattt k tracé do son sang sur tes fi^lsj

l'horrible BÈTE. I Q J

mais il reparut un moment après plus furieux que jamais, et poussant des sifTIemens aigus, dont le bruit s'élevait au-dessus des éclats du tonnerre et du mugissement des iragues. Il s'élança de toute la longueur de son énorme corps, avec une rage impossible à peindre, sur le côte du bâtiment, qu'un flot terrible écarta fort heureusement.

Le monstre retomba de tout le poids de son volume dans l'abîme, et l'équipage se crut encore une fois sauvé.

Le navire, tournoyant, ballotté, battu parla pluie et la grêle, mais se maintenant toujours, par la fermeté du pilote et d<î ses aides au gouvernail, espérait éviter la poursuite

XOM. II, y

19 i cnÀPITRE XYI.

de cette horrible béte, lorsqu'on la reyit une troisième fois , élevant sa tête hideuse au niveau de la dunette, sur le gaillard d'arrière.

^n de ses yeux avait été crevé par l'explosion, et pendait hors de son orbite; sa gueule enflammée répandait une bave sanguinolente; lien n'était plus aflVeux que son aspect : il se jetait à coups redoublés sur les sculptures de la poupe, il en mordait les poutres; puis, s'éloignant un peu , il se précipitait suc le bâtiment, et s'efforçait de leren- Terser par les secousses effroyables qu'il lui donnait.

On dut quitter un moment la manœuvre pour chasser cet opiniâtre et dan^ereu^^ ennemi. Le capitaine

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