LE VIEUX LORD
l'importune Sciinvannc. Il avait appris, chez son ann le conseiller Beilhereaii, le départ proj<;lé pour Londrcsd'une famille anglaise, qui était venue passer quelques années dans le midi de la France, pour la santé d'un vieil oncle h} pocondre , ou malade de consomption, à qui l'on avait ordonné les voyages; et qui, dans son retour pour TAntjleterre, avait désiré s'arrêter quelques semaines dans la jolie ville qu'habitait M. Berthereau.
De semaine en semaine, en parcourant les sites charmans de cette province si agréable, quatre à cinq mois s'étaient écoulés; enfin, il fallait se décider à partir. Les orages politiques qui s'anDonçaieut ue
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permettaientpas à des familles étrangères, qui avaient quoique prudence^ de rester plus long-temps exposées dans un pays où le nom anglais n'était pas une bonne recommandation auprès des novateurs.
Le vieux lord , qui vivait seul dans* son hôtel à Londres , depuis le décès' de la comtesse son épouse, et qui n'avait accédé qu'avec peine aux sollicitations de ses neveux et nièces pour venir sur le continent, avait cependant pris goût aux manières aimables des Françaises; il avait même été galant auprès de quelques-unes à Marseille. Son immense fortune lui avait valu des coupsd'ceil et des complaisances dont il s'était beaucoup amusée Sa santé se-
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trouvait presque niiraculcuscmctit rétablie : il ne quittait qu'à regret cette belle France; mais il le fallait.- Dans ses longs voyages, autrefois, il avait été adressé au frère de^ M. Bcrlhercau , banquier dans le nord, chez lequel on lui adressait de grosses sommes; il en avait reçu des politesses, telles qu'on les prodigue d'ordinaire aux favoris de Plutus. Il en était résulté une liaison d'estime et d'amitié, qui lui rendait fort agréable la maison du con-; seiller. Il lui confia qu'il serait charmé de rencontrer une dame ou demoiselle française, d'âge un peu conforme au sien , et d'une éducation distinguée, à laquelle il ferait un sort agréable pour le reste de sa '
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vie, si elle voulait venir en Angleterre tenir sa maison et en faire lesr honneurs.
Le conseiller, qui avait vu quelquefois M.""^ de Sainvanne chez son cousin le chanoine, pensa d'abord à elle, et crut qu'il ferait une bonne affaire pour les deux parties s'il réussissait dans cette négociation.
Il est vrai que la chose était un peu délicate à proposer : une sœur de M. de Latour, l'un des hommes les plus respectés de la ville; une cousine du riche chanoine de Veray pouvait trouver au-dessous d'elle une semblable proposition; elle n'était point née pour n'être qu'une gouvernante. On ne pouvait pas cependant mettre en perspective un
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mariage; la haute naissance, le grand crédit de la famille du lord, sa religion, ne le permettaient pas; lui-même était loin d'y penser.
M. Berlhereau s'en ouvrit néanmoins à l'abbé, précisément à l'épo* que où celui-ci jugeait si nécessaire, pour le repos de tous , d'éloigner la dame; le conseiller avait eu soin de pressentir l'Anglais sur les avantages j>écuniaires et autres qu'il avait dessein d'oflrir : il lui van la, sans la nommer encore, la personne qui pourrait remplir ses vues. Le lord , I)lein de confiance, lui laissa carte blanche. Le chanoine, enchanté, se garda de faire le difiicile ; et ils convinreut enfin d'un jour pour faire trouver la dame chez le conseiller
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avec l'Anglais : l'abbé se chargea de lui dorer la pilule; cela ne fut pas difficile.
Des commères du quartier avaient vu entrer M.°" Dalbois, l'un des derniers matins, chez M. de Latour ; on y avait vu entrer le fils; on avait remarqué leur air de jubilation à la sortie. Le secret n'avait pas été tellement gardé que Ion n eût pas des soupçons sur le mariage des deux jeunes gens ; tout le monde le d<îsirait pour la jeune personne adorée dans le voisinage. Bref, les commères en parlaient partout, quoiqu'à voix basse.
M.""' de Sainvanne n'en fut pas la dernière instruite. Elle sentit que son rôle était fini; elle n'osa pas
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4k:lalcr, encore moins en parler à son frère, dont elle craignait la sévérité. Elle se résigna donc à attendre les événemens, en gardant sa chambre.
Une invitation du chanoine vint la tirer de sa solitude; il s'agissait d'un dîner amical, où elle trouva M. Berthcreau. Au café, après hiea des compliniens sur son mérite personnel , sur ses agrémens , sa belle tournure, et autres éloges avec lesquels on capte si aisément les femnies, l'abbé entama la conversation sur cette Hmiille anglaise si opulente qui allait partir, et qui laisserait des regrets à M. Cerihereau.
Celui-ci, comprenant l'intention
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d^ chanoine, qui l'avait d'ailleurs prévenu d'avance, s'étendit longueraent sur les louanges de la famille, notamment du vieux milord qui se désolait, dit-il, du chagrin de nie ppuvoir emmener avec lui quelque dame française du bon ton, à qui il serait à même de faire un beau sort, pour prix de quelques années qu'il avait peut-être encore à vivre.
Lui tenir compagnie à table, à la promenade, au spectacle; être sa partenaire au wisch; lire ensemble des pièces du théâtre français, des brochures nouvelles, et recevoir ses amis avec les égards convenables , \L se borneraient ses fonctions, avec la haute autorité sur tous le§ djomes tiques.