‹ Aventures d'une colonie d'émigrants en AmériqueChapitre 2 sur 18 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

porté des sauvages prairies de TAmérique de TOuest dans la tourbe tumultueuse des chercheurs d*or de la Californie, dans les mornes pampas de la république Argentine, sur les terres australiennes, sur le sol de nos antipodes et sur les plages brûlantes de Java. Chemin faisant il a raconté ses excursions avec une aimable facilité, avec le joyeux entrain du voyageur sagace et robuste qui s'intéresse à tout ce qu*il voit et supporte gaiement la pluie et les coups de soleil , les fatigues de la marche et les inconvénients d'un mauvais gite. Comme complément à ses narrations de touriste, il a fait des nouvelles, des romans dans lesquels il décrit plus spécialement certafns sites et met en scène d*une façon parfois assez vive et assez dramatique des personnages dont Taction et la physionomie caractérisent plus nettement les mœurs d'une contrée.

Parmi ces romans nous avons choisi pour le traduire celui qu'il composa dans son premier séjour en Amérique, et que M. Brockhaus, le spirituel et docte libraire de Leipzig a publié dans sa bibliothèque populaire K

A nos yeux, ce roman n*est point une vaine œuvre de fantaisie destinée à distraire les indolents loisirs des abonnés aux cabinets de lecture. C'est, sous le voile de la fiction, une histoire dont on peut voir chaque jour se renouveler les principaux incidents. C'est l'histoire d'une quantité de ces pauvres familles d'Allemagne que la trompette de Bamum, la réclame des marchands de terre, le fracas du puff américain atteignent au fond de leur laborieuse existence, appellent au partage fascinant des richesses, des libertés du nouveau monde, et souvent entraînent dans un abîme de déceptions*

Les actes de fourberie que ce roman signale, les malheureux épisodes qu'il dépeint ne sont point exagérés. Tout au contraire, ils pourraient être plus nombreux et plus éclatants sans outre-passer les bornes d*une constante réalité. Les Américains, si chatouilleux sur ce qui tient à la description de leur pays, près duquel les autres pays ne leur apparaissent que comme de misérables tanières déshéritées de tout bien et de toute vertu par la justice de Dieu, les

!• D$r deutiehtn Aw^oani^w FàhrUn und Schichsale» VolU UibUoteh. 1847.

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Anséricsôns ont en qnelqae sorte reconnu eux-momes la Térité da livre de M. Gerstacker en le traduisant ^

Pour nous, qui avons fait le trajet duHavreà Vempirecity de New-York avec un de ces lourds navires qui portent sur les flots, non pas Gôsar et sa fortune, mais le pauvre émigrant et ses rêves, nous avons été témoin de ces soufTrances dont M. Gerstacker ne fait qu'une rapide esquisse dans le premier chapitre de son roman. Nous avons vu cette traite de blancs dirigée vers le vertueux État à qui la traite des noirs inspire une si sainte horreur ; nous avons vu des centaines d^onnétes laboureurs, d'habiles ouvriers entassés avec leurs femmes et leurs enfants dans Tétroit espace de Tentre-pont, comme des bêtes de somme que TEurope livre au grand marché des États-Unis. U y avait là des gens du canton de Zurich, dont quelques semaines auparavant j'admirais les verts coteaux et le lac limpide, des gens du pays de Bade, dont Hebel a si bien dit les charmes idylliques, et des gens de notre belle province d'Alsace. La compagnie qui se charge de faire voyager à bas prix ces émigrants ne leur avait point délivré des billets de chemin de fer. Ce mode de locomotion serait trop coûteux. Elle les avait embarqués pèle mêle au bord du Rhin sur un bateau qui les conduisait à Rotterdam. Là, un autre bateau les reprenait pour les amener au Havre. Ils arrivaient au Havre fatigués déjà d^une longue navigation et déjà ayant épuisé une partie de leurs ressources dans Tachât de leurs provisions. Là, il fallait qu'ils se hâtassent de faire encore quelques emplettes, qu'ils choisissaient mal dans leur inexpérience, qu'ils payaient cher dans leur précipitation ; puis les matelots américains les poussaient avec leurs coffres et leurs sacs dans leur sombre réduit, au fond de leur négrier.

Ce que j'ai vu là de misères morales et physiques, chaque fois que je descendais du large espace des premières places au milieu de cette pauvre légion d'ilotes, ce que j'ai entendu, pendant une traversée de trente jours, de soupirs et de lamentations, d'accents de regret et de cris d'angoisse, jamais je ne l'oublierai. Ce qu'ils sont devenus, la plupart de ces malheureux, sur la terre étrangère où ils allaient

i. The wadderings and fortunet of some germon emgrants, relaUd bxj D. Black. New- York, 1848.

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cberèber nne nouvelle patrie, qui ponnaii le dire t Combien en est-ii qui, dans lent candide ignorance, ont été les victimes d'une indigne spéculation I Cknnbienen estpîl qui, comme le gladiateur dont parle Byron, sont tombés après une longue lutte sur l'implacable arène de l'indu» trie américaine, en tournant leur dernier regard du eùti des lieux aimés où était leur cœur t

And fbad vns fiu* awaj.

Hélas I c*est bien à ces corporations aventureuses d'émigrants qu'il faut adresser ces graves paroles de VlmUoHon:

Imagioatio locomm et mntaUo moltos feTélIit.

Nous n'avons point la prétention de faire d'un roman un livre» Cependant, il y a dans l'œuvre de M. Gerstacker des faits positifs qui peuvent susciter en temps et lieu de sérieuses réflexions. Quoique la vieille Europe n*ait point, autant qu'on le dit, les mamelles épuisées, quoiqu'elle offre à ses enfants, surplus d'un point méconnu ou délaissé, un suc vivifiant, quoique notre conquête algérienne présente à ceux qui voudraient lui consacrer leur labeur une terre féconde, un doux climat, une complète protection, noue ne nous hasarderons point à engager, dans une simple préface, jie croisade de nouvelle émigration contre l'active croisade américaine. Mais il se peut que le livre de H. GersUicker tombe en une circonstance opportune entre les mains de quelque lecteur, et lui donne un utile enseignement ; nous daus en réjouirions.

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